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Dette publique : les chiffres qui accusent le gouvernement !

Dans l’explication globale de la crise actuelle, qui trouve son origine dans la répartition inéquitable de la richesse entre le capital et le travail, le rôle des banques (ou plus globalement du système financier) occupe une place prépondérante.

Jean-François Tamellini
Article mis en ligne le 28 novembre 2011

A l’heure où les différents gouvernements des États européens proposent des plans d’austérité meurtriers pour leurs populations, en prenant soin de ne s’intéresser qu’aux conséquences de la crise plutôt qu’à ses fondements, il convient de se pencher sur la manière dont les banques nous ont menés dans cette impasse... et partant de là, proposer de réelles solutions à la crise, pour le bien-être des travailleurs et des citoyens.

 Situation en Belgique ?

Les négociations sur le volet socio-économique et sur la constitution du budget, toujours en cours à l’heure où sont écrites ces lignes, devraient accoucher d’un plan d’austérité (ou de rigueur sérieuse selon les sources) largement payé par la population.
La dette publique a explosé, suite notamment à la recapitalisation des banques. Il faut renflouer les caisses.

Mais, au-delà de la recapitalisation des banques, qui a coûté plus de 20 milliards d’euros en Belgique, le système financier s’est déjà largement sucré sur le dos des citoyens.

 Explications

En 1973, en France, Giscard d’Estaing fait voter la Loi Rothschild, qui interdit à la banque centrale d’intervenir directement dans la gestion de l’État.
Dorénavant, c’est vers les banques privées que devra se tourner l’État pour financer sa dette. Les banques privées s’alimentent notamment auprès de la banque centrale pour financer leurs crédits, à des taux bas, puis prêtent à leur tour à l’État, à des taux qui cette fois sont bien plus élevés.

Résultat des courses : la charge de la dette publique française explose comme l’indique le graphique ci-dessous. Jackpot pour les banques privées.

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Source : http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Arnaque+dette

En Europe, le Traité de Maastricht confirme cette consécration pour le système bancaire privé. Sur le dos des États et donc des citoyens ! Ce hold-up est définitivement scellé dans l’article 123 du Traité de Lisbonne quelques années plus tard.

 Qu’en est-il en Belgique ?

Extrait de l’exposé à l’Institut Belge des Finances Publiques le 4 juin 2010, par Henri Bogaert, Commissaire au Bureau Fédéral du Plan [1]

« Lorsque l’on observe les charges d’intérêt sur la dette publique, celles-ci représentaient moins de 5 pourcent du PIB durant les années 70 et à nouveau après 2000 (cf. graphique ci-dessous). Pendant la période qui couvre les décennies 80 et 90, les charges d’intérêt se sont accumulées et ont grevé les finances publiques en prenant la place de dépenses plus productives. Il est intéressant de constater que l’accumulation de dettes dues à l’augmentation des charges d’intérêt par rapport au niveau de 1980 atteint 80% du PIB en 2007, c’est-à-dire pratiquement le montant de la dette publique (cf. second graphique ci-dessous). Ceci illustre ce processus d’effet boule de neige où finalement, la dette se nourrit d’elle-même, c’est-à-dire de ses propres charges d’intérêt et uniquement de celles-ci. »

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La Belgique n’a effectivement pas échappé à la logique des marchés financiers. Comme l’indique le big boss du Bureau fédéral du Plan, et comme il l’expose d’ailleurs au gouvernement, les charges d’intérêts de la dette publique ont clairement grevé les finances publiques. Les banques privées se sont enrichies sur le dos de la dette publique, au détriment des politiques sociales !

QUESTION : pourquoi ne pas ré autoriser les banques centrales à intervenir directement dans la gestion de l’endettement public plutôt que de continuer à permettre aux banques privées de prêter aux États à des taux exorbitants (la Grèce en est l’illustration extrême : plus de 60% d’intérêts) ; banques privées qui, de surcroit, doivent être recapitalisées à coup de financements publics.

Comment le gouvernement peut-il sanctionner les citoyens et les travailleurs à coup de plan d’austérité lorsqu’on sait comment les banques se sont sucrées et continuent à se sucrer sur le dos de la collectivité ?

  Des centres de coordination aux intérêts notionnels : nouveau jackpot pour les banques !

Deuxième élément typiquement belge, confortant l’aberration monumentale qui consiste à
faire payer la note aux citoyens et aux travailleurs tandis que les banques s’enrichissent honteusement : les intérêts notionnels !

Jusqu’en 2004, la Belgique était un paradis fiscal pour les entreprises disposant de gros capitaux. Plus les groupes étaient riches, plus ils bénéficiaient de largesses fiscales. Ainsi, les centres de coordination permettaient aux entreprises qui rapatriaient leurs capitaux en Belgique de bénéficier d’un taux d’imposition de ...1%. Mais ces centres de coordinations étaient exclus au secteur financier.

En 2004, les autorités européennes condamnent la Belgique et l’obligent à supprimer le système des centres de coordination. Pas pour des raisons morales évidemment, mais simplement parce que l’Europe considère que cet avantage, en excluant certains secteurs, est illégal. Le lobby financier a fait mouche ! Et son apôtre, Didier Reynders, fonce dans la brèche en élargissant ce système de
taxation à faire frémir les îles Caimans au secteur financier. Simple changement de nom : les centres de coordination deviennent les intérêts notionnels ! Le Hold up parfait. Et Légal !

Alors que les banques faisaient déjà des profits illégitimes sur le dos de la collectivité via la dette publique, le Ministre des finances libéral Reynders leur permettait de vider encore un peu plus les caisses de l’État.

Aux travailleurs et citoyens de payer la facture ? L’État peut-il continuer à se faire complice de ce hold-up organisé par le système financier ?

Notes

[1Henri Bogaert est également administrateur de l’Institut des Comptes Nationaux, Président du Comité scientifique sur le budget économique, membre du Conseil supérieur de l’emploi

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux d'Econosphères.