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Formation, développement et extension du capitalisme en Argentine

Les conditions nécessaires à la formation d’un marché libre du travail, indispensable au développement de rapports de production capitaliste, apparaissent en Argentine au début du XIXe siècle. Ces transformations s’assoient principalement sur la dépossession des conditions matérielles d’existence d’une grande masse d’habitants.

Natalia Hirtz
Article mis en ligne le 28 décembre 2016

Commence ainsi un processus d’extension sans fin du capitalisme, caractérisé par l’élévation de la productivité du travail, la concentration toujours plus importante du capital (notamment dans le secteur des matières premières) et l’accaparement des terres habitées par des communautés paysannes et indigènes [1], qui, dépossédées de leurs conditions matérielles d’existence viennent allonger la liste des chercheurs d’emploi.

Mais le développement du capitalisme ne se passe pas sans contradictions et les dépossédés ne sont pas des victimes dociles. Cet article cherche à synthétiser quelques aspects de ces relations conflictuelles ainsi que leurs formes de résolution.

Naissance et développement des rapports de production capitaliste

Le développement du capitalisme dans les principaux centres industriels européens au XIXe siècle nécessite la création de nouveaux marchés et l’obtention de matières premières pour alimenter les industries et la population de plus en plus nombreuse. Le capitalisme se développe ainsi au-delà des marchés nationaux. En Argentine, ce phénomène implique le passage d’une économie basée sur l’élevage à une économie de capitalisme agraire. La structure économique coloniale repose sur l’encomienda, un système de regroupement d’indigènes dans un territoire sur lequel ils sont forcés de travailler au champ ou à la mine, pour un encomendero. Celui-ci est un colon à qui la Couronne d’Espagne confie une terre dont il a l’usufruit sans pour autant en être propriétaire. L’encomendero jouit donc de terres et d’indigènes (encomendados). L’accumulation primitive du capital se situe donc au sein du latifundio (des exploitations agricoles pratiquant l’agriculture extensive) dont la production est essentiellement consacrée à l’approvisionnement de la métropole.

Le capitalisme impose une nouvelle forme de subsomption du travail au capital. Les encomendados deviennent des travailleurs « libres », vendant leur force de travail en échange d’un salaire. Mais, le travail libre n’est pas automatiquement accepté par une population habituée à travailler (pour autrui) de manière forcée. La fuite et l’absentéisme seront des pratiques très courantes parmi ces habitants cherchant à se soustraire à la discipline du salariat [2]. À partir des années 1820, des lois draconiennes (connues comme « Loi des fainéants ») obligent les habitants à posséder un certificat de travail sous peine d’être emprisonnés, flagellés et/ou condamnés au travail forcé. Ces lois répondent au refus de la population de vendre sa force de travail et à la pénurie de main-d’œuvre qui en découle.

L’indépendance des « Provinces unies de la Plata » est formellement proclamée en 1816. Elle est suivie de guerres de démarcation de territoires qui aboutissent à la séparation du Paraguay et de l’Uruguay (1817), de la Bolivie (1825) et après huit ans de guerres civiles (1816 -1824), à la constitution de la République d’Argentine, officialisée en 1826.

L’extension des frontières ne s’achève cependant qu’en 1881. Au nord du pays, l’occupation des terres habitées par les populations indigènes est achevée en 1876, empêchant celles-ci de perpétuer leur mode de vie ancestral. Dans cette région agricole, la culture du sol nécessite une grande quantité de main-d’œuvre. La réduction des domaines de chasse et l’inaccessibilité des rivières provoquées par la clôture des territoires détruisent l’ancienne économie indigène et créent un contingent de population, disponible pour la production capitaliste. De cette façon, les indigènes habitant le nord du pays sont dépossédés de leurs conditions matérielles d’existence, c’est-à-dire non seulement des moyens de production, mais également de leur mode de coopération et d’organisation, et deviennent le réservoir de main-d’œuvre pour l’exploitation agricole. Dans les régions de la Pampa (centre-est du pays) et de la Patagonie (sud), jusqu’alors sous la domination de la nation mapuche, l’élevage se développe. Celui-ci requiert peu de main-d’œuvre et les populations originaires de ces régions représentent plutôt une menace du fait du pillage du bétail. Dans ces régions, l’extension du territoire national entraîne une guerre de sept ans (1878-1885) durant laquelle des milliers d’indigènes sont exterminés [3].

L’accumulation primitive du capital en cours depuis le XVIIIe siècle, la délimitation des frontières, la conquête des terres et leur exploitation assurent les bases du développement d’un capitalisme agraire. Or, la population en Argentine n’est pas suffisamment nombreuse pour faire face à une demande de plus en plus importante de main-d’œuvre. Entre 1880 et 1899, 1.949.593 migrants arrivent dans le pays. La population passe de 1.830.000 en 1869 à 4.044.911 habitants en 1895 [4]. Cette croissance démographique et la forte concentration de population dans les grandes villes créent un besoin supplémentaire de biens de consommation et entraînent la création d’industries manufacturières. Le développement de la production capitaliste crée une situation nouvelle pour une part importante de la population. Cette masse devient une classe [5]. Elle commence à développer des formes de résistance collective et à s’organiser, formant ses premiers syndicats dans les années 1880, dirigés principalement par des courants anarchistes et anarcho-communistes.

Industrialisation, renforcement et institutionnalisation du mouvement syndical

La crise de 1929 a par conséquent une brutale réduction de la demande externe des produits agricoles. Pour trouver une résolution à la crise économique, le gouvernement conservateur-libéral en place, développe des mesures protectionnistes. La production industrielle a été multipliée par trois entre 1935 et 1945 [6] . Ce processus entraîne des transformations profondes au sein du mouvement ouvrier. Le processus d’industrialisation accentue la concentration urbaine et ouvrière, il renforce ainsi le nombre des affiliés aux syndicats et transforme leurs structures. En effet, jusqu’en 1930, les syndicats de métiers et ceux des services stratégiques (énergie, transport, etc.) représentent les secteurs les plus dynamiques du mouvement syndical. Dorénavant commencent à émerger des organisations syndicales fortes dans le secteur industriel, organisées au sein de la Centrale Générale des Travailleurs, la CGT (dirigée majoritairement par des militants socialistes et du Parti Communiste), qui visent la formation de syndicats nationaux uniques par secteur d’activité. L’ampleur prise par certains syndicats (organisés par secteur d’activité) commence à limiter les possibilités de réunions où participent tous les membres et donc, à renforcer le pouvoir de la direction, disposant de ressources économiques de plus en plus importantes. Commence ainsi un processus de concentration du pouvoir par quelques dirigeants déchargés de leurs activités professionnelles qui peuvent se consacrer exclusivement à l’activité syndicale. Ce processus engendre une concurrence accrue entre les dirigeants des syndicats les plus importants pour obtenir la direction de la CGT.

Avec le renforcement de l’économie argentine, les ouvriers portent de plus en plus de revendications salariales, cherchant à vendre leur force de travail dans les meilleures conditions possibles. En 1943, un groupe de l’armée, inquiet du devenir économique du pays et des probables conflits sociaux qui marqueraient la fin de la Seconde Guerre mondiale, dirige un coup d’État. Pour ce groupe militaire, il devenait essentiel d’incorporer les ouvriers à un régime politique stable pour éviter les risques de conflits sociaux face à une éventuelle récession économique. Le Colonel Juan Domingo Perón intègre ce groupe. Il y représente un sous-courant national populaire industrialiste. Les militants communistes et syndicalistes sont fortement réprimés et les grèves sont interdites. Le Secrétariat du Travail, dirigé par Perón, devient l’institution chargée de la conciliation obligatoire des conflits du travail. Perón crée une équipe politico-syndicale et octroie des postes privilégiés à certains dirigeants ouvriers. L’ingérence de l’État dans les politiques syndicales devient totale. Le gouvernement réprime toute action qui échappe à son contrôle en même temps qu’il élabore une série de décrets favorisant une amélioration historique de la condition économique des travailleurs [7] .

En 1945, un décret établit la liberté syndicale en différenciant deux formes d’organisations : les syndicats simplement inscrits dans un registre spécial et ceux profitant d’une personnalité juridique octroyée par l’État. Ces derniers sont les seuls à pouvoir entamer des négociations concernant les conventions de travail. Or, la personnalité juridique n’était octroyée qu’aux syndicats qui s’abstenaient de mener des actions politiques et qui s’opposaient au communisme. Perón vise à « supprimer la lutte de classes en la supplantant par un accord juste entre ouvriers et patrons » [8]. Il cherche à incorporer l’organisation patronale dans la concertation sociopolitique avec l’État et les syndicats. Il est convaincu qu’avec la fin de la guerre, l’Europe va se soumettre à « l’anticapitalisme russe » et que l’Argentine devra faire face à une crise économique et à « l’infiltration des communistes ». Il essaye donc de convaincre les entrepreneurs du fait qu’il est « mieux de donner 30 % à temps que de tout perdre a posteriori » [9]. Cette alternative n’est pas envisageable pour une large fraction de la bourgeoisie.

Perón acquiert un fort soutien populaire, il forme le Parti Justicialiste (PJ) et lors des élections démocratiques, organisées en 1946, il est élu Président de la Nation. Durant son mandat, il met en marche un programme visant le renforcement de l’industrie par la substitution des produits d’importation. Le projet inclut la nationalisation et le renforcement des services publics. Perón commence ainsi à construire ce qu’il nommera l’État justicialiste, caractérisé par le développement des politiques interventionnistes, industrielles et régulatrices ainsi que par l’organisation d’une nouvelle légitimité sociale-étatique. Elle tourne autour de ce que Perón nommera la Communauté organisée, une forme de société dans laquelle les divers groupes d’intérêt soumettent leurs différences à la supervision d’un État capable d’harmoniser les exigences des divers secteurs et de neutraliser les conflits de classe.

L’État justicialiste est aussi caractérisé par l’interdiction des journaux ou des écrits de certains partis politiques, l’ingérence au sein des syndicats et le développement de stratégies par lesquelles Perón parvient à placer ses hommes de confiance au sein de la direction de la CGT. À travers la reconnaissance officielle de certains syndicats portant exclusivement des revendications économiques et se chargeant de contrôler « l’introduction de la politique et des idéologies étrangères » [10], Perón favorisa l’affiliation des ouvriers à ces syndicats devenus les seuls détenteurs de la résolution de leurs problèmes. La culture nationale populaire interclassiste du péronisme va s’imposer au bagage politico-syndical des mouvements socialistes, communistes et anarchistes.

La politique économique régulatrice et la Déclaration des Droits des Travailleurs (de 1947) créent les conditions nécessaires à la formation de la colonne vertébrale syndicale du Parti Péroniste. Les acquis les plus importants sont : le salaire annuel complémentaire, la généralisation des congés payés, l’extension du droit à la pension, le paiement des indemnisations de licenciement ou d’accident de travail et l’assurance-maladie.

Les syndicats deviennent des organisations multifonctionnelles. À travers la création d’œuvres sociales, ils se chargent de la prestation d’une multiplicité de services comme la santé, le loisir ou la fourniture d’aliments. Le nombre d’affiliés entre 1946 et 1954 est quasiment multiplié par trois tandis que le nombre de réunions syndicales ainsi que celui des participants ne fait que chuter [11]. Le renforcement de l’affiliation syndicale est également encouragé par la législation de la « cotisation automatique ». Les travailleurs doivent rédiger une demande explicite pour être désaffiliés du syndicat. Et la désaffiliation implique leur exclusion du système d’œuvres sociales. Le projet d’industrialisation rencontre des difficultés majeures après la fin de la Seconde Guerre mondiale. En effet, la demande des produits agricoles diminue fortement et, à partir de 1949, les prix des matières premières chutent produisant une crise dans le secteur agricole avec de forts impacts sur l’activité industrielle. La production et les salaires diminuent tandis que l’inflation augmente.

En 1952, Perón gagne une nouvelle fois les élections présidentielles. Son gouvernement est marqué par un contexte international bien différent et par des difficultés économiques grandissantes. Il lance une nouvelle phase de substitution des produits d’importation impliquant des machines et d’autres outils de production. Mais, l’État ne compte pas de ressources suffisantes pour mener à bien cette tâche. Perón fait donc appel aux capitaux étrangers.

La législation concernant les investissements des firmes étrangères devient plus flexible, souvent au détriment du respect des clauses nationales qui avaient été introduites quelques années plus tôt. En outre, les salaires et les prix sont gelés durant deux ans, ce qui implique la suspension des négociations collectives entre 1952 et 1954 [12].

Les conflits s’intensifient et l’ingérence de la CGT dans les syndicats ne parvient plus à contenir le mouvement. Le gouvernement est affaibli par la crise économique ainsi que par la diminution de sa légitimité au sein de ses propres partisans. Le 16 septembre 1955, un coup d’État militaire à lieu. Perón part en exil et son parti est proscrit.

Processus de consolidation du modèle agro-exportateur

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les pays industrialisés cherchent à consolider leurs économies sur base d’un renforcement de la division internationale du travail, consistant à leur assurer une disponibilité abondante et à bas prix des matières premières venant des pays non industrialisés. Ces intérêts rejoignent ceux de l’oligarchie agricole nationale, qui cherche à garder son hégémonie économique. Ils trouveront leurs représentants politiques et militaires, chargés de mettre fin au processus d’industrialisation de l’Argentine et aux bénéfices obtenus par la classe ouvrière. C’est par une succession d’interventions militaires (1955-1958 ; 1962-1963 ; 1966-1973 et 1976-1983) que le modèle agro-exportateur parviendra à s’imposer face à une classe ouvrière qui n’est pas prête à lâcher.

Dans le contexte de la guerre froide, un accord secret de coopération entre la France et l’Argentine est signé. Il établit une mission militaire, de 1960 à 1981 à Buenos Aires, à laquelle participent des instructeurs français qui ont acquis des expériences durant les guerres du Vietnam, d’Indochine et d’Algérie où ils ont développé de nouvelles méthodes de « contre-insurrection ». Des méthodes qui seront ensuite enseignées au Western Hemisphere Institute for Security Cooperation. Cet institut sera réorganisé en 1963 et coopérera avec divers États du continent Américain à l’introduction de techniques de « contre-insurrection ». Les militaires argentins mettent en pratique ces nouvelles méthodes pendant la dictature de 1966 à 1973.

Si les dictatures précédentes étaient transitoires, dorénavant le régime militaire porte un projet politique et social précis. Leurs objectifs n’ont pas de limite temporelle. Ce projet nécessite toutefois un soutien populaire, raison pour laquelle l’usage de la violence se fait de manière sélective. Cette dictature introduit également la pratique de la « disparition de personnes », qui est utilisée ici de manière sporadique et qui deviendra, lors de la dictature de 1976, un modus operandi.

Loin de bénéficier d’un soutien populaire, la dictature déclenche un cycle contestataire marqué par la naissance de trois nouvelles formations syndicales. Le syndicalisme classiste (majoritairement dirigé par des militants maoïstes et trotskistes) ; le syndicalisme indépendant (intégré par des militants indépendants, socialistes et communistes) et le syndicalisme péroniste combatif (qui combine la politique sociale et nationaliste de Perón avec celle exprimée par le Mouvement des prêtres pour le tiers monde et par des expériences de guérillas). La CGT se scinde en deux, la CGT des combatifs et des indépendants et la CGT dirigée par les péronistes dialoguistes (qui déclare son affinité avec le nationalisme catholique du régime dictatorial en prônant la tactique du « dialogue »). Ces derniers maintiennent le contrôle sur les fonds syndicaux.

La formation des organisations combatives, indépendantes et classistes se développe dans un contexte de mobilisations ouvrières et étudiantes. Elles donnent lieu, en 1969, au Cordobazo et au Rosariazo : de vastes mobilisations de masses qui occupent la ville et se confrontent aux forces militaires à Córdoba et à Rosario. Ces événements marquent le début de la fin du régime dictatorial. Ils marquent également la rupture des travailleurs avec la direction syndicale dialoguiste. En 1972, la liste Marron (classiste) gagne la direction du syndicat industriel le plus important de Córdoba, le syndicat de l’automobile (SMATA). À Santa Fe, la liste classiste des ouvriers métallurgistes de Villa Constitución prend la direction de la section syndicale. Des soulèvements urbains s’étendent dans le pays. Les partis de gauche sont largement renforcés ainsi que les groupes armés, dont les actions deviennent de plus en plus incontrôlables.

Malgré la répression, les conflits sociaux s’accentuent et les victoires des travailleurs ne sont pas moindres. Comme le montre le graphique ci-après, c’est dans cette période de lutte que les travailleurs parviennent à obtenir des niveaux salariaux historiques.

Cherchant une résolution à la crise sociale et politique, le régime militaire change de stratégie en adoptant des mesures d’ouverture politique. Il instaure des négociations avec Perón, en exile depuis 18 ans, et organise des élections en 1973. Perón apparaît comme le seul espoir pour le rétablissement de l’ordre. Le 11 mars, le péronisme s’impose dans urnes. Ce qui crée une situation d’euphorie sociale. Les occupations des espaces publics et privés se multiplient pour réclamer le départ des autorités et des fonctionnaires identifiés à la dictature. Mais le gouvernement réprime ces pratiques. Des secteurs de la droite péroniste et de la police forment le groupe armé Alliance Anticommuniste Argentine, dirigé par Lopéz Rega (ministre des Affaires sociales de Perón) et rejoint par certains dirigeants syndicaux comme le secrétaire général de l’Union des Ouvriers métallurgistes.

Entre juin et septembre 1973, se développe une nouvelle vague de grèves et d’occupations d’usines. Perón édite une loi sur l’allongement de la durée des mandats des dirigeants (dialoguistes) de la CGT. Parallèlement, commence l’offensive contre certains gouvernements progressistes des provinces. En janvier 1974, le gouverneur de Buenos Aires est destitué ; un mois plus tard, le gouvernement de Córdoba est victime d’un putsch policier entériné ensuite par Perón lui-même ; en juin, c’est le tour du gouvernement de la province de Mendoza.

Perón décède en juillet 1974 et son épouse, Martínez de Perón, devient présidente. La grève est interdite et les attaques contre les travailleurs s’accentuent. En 1975, un décret appelé « Opération indépendance » est signé, ordonnant aux forces armées de « neutraliser et/ou annihiler les actions des éléments subversifs » [13]. La plupart des dirigeants combatifs, indépendants et classistes sont détenus ou assassinés par l’Alliance Anticommuniste Argentine, responsable d’au moins 900 assassinats entre 1973 et 1975.

En 1975, le ministre de l’Économie, Rodrigo, met en œuvre un plan économique de choc. Il s’agit de mesures libérales radicales, correspondant aux recettes prônées par les économistes de l’École de Chicago. Les syndicats répondent en organisant une grève générale. Rodrigo doit démissionner.

Un nouveau décret ordonne le développement des opérations militaires afin d’ « annihiler les actions des éléments subversifs » [14]. Les forces militaires exécutent ces ordres, mais ce projet ne peut se réaliser sous un régime « démocratique ». Le 24 mars 1976, les trois commandants en chef des forces armées dirigent un coup d’État.

Le « Processus de Réorganisation nationale »

Le régime militaire est autoproclamé « Processus de Réorganisation nationale », en allusion à deux concepts essentiels de cette dictature : il s’agit d’un « processus » et comme tel, il n’a pas des délais prédéterminés, mais des objectifs à atteindre ; ceux-ci visent la « réorganisation » du pays, ce qui implique la mise en œuvre de réformes modifiant radicalement entre autres l’économie et les relations de travail.

Des représentants des grands groupes économiques sont placés à la direction des principaux ministères : le président du Conseil des Entrepreneurs argentins, Martínez de Hoz, est nommé ministre de l’Économie ; le président de la Société Rurale (organisation patronale de propriétaires terriens et d’agriculteurs) Zorreguieta, dirige le Secrétariat de l’agriculture ; Adolfo Díaz, un Chicago Boy [15], directeur exécutif du Fonds Monétaire International (FMI) entre 1967 et 1968, est nommé directeur de la Banque Centrale ; et Guillermo Walter Klein, Vice-président de la Chambre argentine de commerce, est désigné Secrétaire d’État à la Programmation et la coordination économique.

Les mesures adoptées sont la copie conforme de celles imposées au Chili par Pinochet. L’Amérique latine est à l’époque un laboratoire pour tester les politiques néolibérales (une économie libérale et une politique sociale conservatrice) imposées, dans la plupart des pays de cette région, par des régimes dictatoriaux dirigés par des militaires formés à la doctrine de « contre-insurrection » au Western Hemisphere Institute for Security Cooperation, du département de la Défense des Etats-Unis. Au Chili, Pinochet développe les mesures prônées par les Chicago Boys. Au Brésil de nombreux étudiants de Milton Friedman occupent des postes au sein du gouvernement dictatorial. En Uruguay, les militaires invitent Arnold Harberger et Larry Sjaastad avec leur équipe de l’Université de Chicago afin de réformer le régime fiscal et la politique commerciale du pays. En Argentine, ces mesures sont mises en place par la junte militaire à partir de 1976 [16].

Sur le plan sécuritaire, ces régimes sont liberticides. Ils visent l’élimination de toute force « subversive ». Des milliers de personnes sont emprisonnées, torturées et assassinées. La violence physique exercée contre tous ceux qui s’opposent au régime provoque un choc qui, comme le souligne Naomi Klein, « pava la voie à la thérapie de choc économique » [17] d’un modèle axé sur les exportations et les avantages comparatifs. Ces régimes adossent leur politique à une vision simpliste de la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo. Ils prônent un libre-échange débridé où chaque pays se spécialise dans la production de biens pour lesquels il dispose de la productivité la plus forte. Les mesures néolibérales sont accompagnées d’une croissance phénoménale de la dette extérieure et d’une influence significative de la Banque Mondiale (BM) sur cette région.

La libéralisation du commerce international et l’attraction des investissements étrangers deviennent les objectifs principaux. L’économie argentine doit s’insérer dans la division internationale du travail, c’est-à-dire, elle doit augmenter sa compétitivité sur base des avantages comparatifs. Le régime procède donc à l’élimination des impôts à l’exportation des matières premières et à la réduction des impôts à l’importation. La balance commerciale devient positive. Or, si les exportations des matières premières augmentent, les importations des produits manufacturés aussi. En 1983, le PIB industriel représentait 90 % de celui de 1973 [18].

La libéralisation des capitaux implique notamment, la vente incontrôlée des devises étrangères. Cette mesure est combinée avec une surévaluation du peso argentin. Afin de disposer des devises nécessaires, le régime procède à l’endettement extérieur des entreprises publiques. Les dollars de ces emprunts servent à renflouer la Banque Centrale, tandis que ces entreprises reçoivent l’équivalent en pesos et doivent, ensuite, rembourser leurs dettes en dollars. L’État assure ainsi la vente des devises aux grandes entreprises privées afin que celles-ci puissent s’endetter à l’étranger et « investir » dans le pays. Ce mécanisme ne fait qu’augmenter la dette extérieure. De plus, la Banque Centrale procède à l’étatisation d’une grande partie des emprunts des oligopoles privés en 1982, en augmentant considérablement la dette publique qui passe de 4.941 millions de dollars en 1975, à 31.709 millions à la fin de la dictature [19].

Tandis que les grands détenteurs de capitaux s’endettent à l’étranger, l’augmentation des taux d’intérêt des crédits, après l’introduction des prêts à taux variables par une réforme financière en 1977, restreint les possibilités de financement de nombreux citoyens et des PME, et renforce la concentration du capital.

L’échec de Rodrigo avait montré que ces transformations ne pouvaient pas être introduites sans la désarticulation préalable de toute résistance. La dictature déclare l’illégalité de la CGT ; les usines sont placées sous contrôle militaire ; les grèves et les réunions politiques sont interdites et les salaires sont gelés par décret. Entre 1976 et 1982, le salaire réel est réduit de 41,5% [20]. Les travailleurs ne parviendront plus à atteindre les niveaux salariaux qu’ils avaient obtenus grâce à leurs luttes entre 1969 et 1974. Les mesures d’austérité portent sur des coupes drastiques dans les services publics, impactant très fortement sur l’enseignement et la santé.

La stratégie répressive n’est plus structurée autour du système pénitentiaire légal, mais autour d’un système clandestin de détention, d’assassinat et de disparition des corps. Elle implique la participation de civils et touche diverses institutions (entreprises, écoles, universités, hôpitaux, églises, syndicats …). La dénonciation d’un « terroriste » est maintes fois utilisée par les entreprises pour résoudre les conflits sociaux. Les syndicats de gauche sont complètement désarticulés. Selon les organisations des droits humains, 30.000 personnes ont disparu durant cette période. Leurs mères sont les premières à dénoncer publiquement le « génocide ». Faute de ne pas connaître le sort de leurs enfants, ces « folles de la place de Mai » commencent déjà en 1977 à manifester en public. Elles marchent en rond devant le siège gouvernemental, et ce sous un régime qui interdit, censure, torture et fait « disparaître » toute manifestation d’opposition. La lutte de ces femmes se fait remarquer au niveau international lorsque, durant la Coupe du monde de football en 1978, la télévision hollandaise montre leur manifestation.

Les assassinats ne sont plus un mystère et le mécontentement général grandit. Le 30 mars 1982, certains syndicats de la CGT organisent un rassemblement devant le siège gouvernemental. Des manifestations similaires sont organisées le même jour dans d’autres villes du pays. Le nombre de participants indique la faiblesse croissante du régime. La Junte militaire tente une nouvelle aventure afin de récupérer une certaine légitimité en se présentant comme défenseur de la « souveraineté nationale » : le 2 avril, les forces armées occupent les îles Malouines. La CGT, dirigée par des péronistes dont la politique nationaliste se base sur l’alliance des classes nationales contre l’impérialisme, soutient cette initiative. Mais cette adhésion ne dure pas, la défaite rapide et humiliante de l’armée face aux Britanniques et la crise économique précipitent la fin du régime. En effet, la libéralisation des capitaux produit une fuite massive des devises qui accentue la dépréciation des taux de change, provoquant une augmentation du taux d’intérêt réel sur la dette et une inflation galopante. Le 30 octobre 1983, la Junte organise des élections démocratiques. C’est Raúl Alfonsín de l’UCR [21] qui les remporte. En 1985, un procès est organisé, et quelques hauts responsables de la dictature sont condamnés. Cependant, un an plus tard, ce même gouvernement promulgue la Loi du Point Final, qui interdit toute poursuite contre les crimes commis pour les plaintes dépassant le délai de prescription de 60 jours, fixé à compter de la promulgation de la loi. Entre temps, des groupes militaires, opposés aux procès judiciaires s’organisent et, en 1987, ils se soulèvent contre le gouvernement qui parvient à négocier leur capitulation en échange de la sanction de la Loi de l’obéissance due, qui disculpe les responsables des crimes, lorsque ceux-ci ont été commis sous les ordres d’un supérieur. La plupart des litiges sont annulés. Des soulèvements militaires successifs aggravent la stabilité d’un gouvernement qui doit faire face à une importante crise économique. En janvier 1988, le FMI exige une forte dévaluation monétaire alors que l’inflation est de 12 %. Cette mesure ne fait qu’aggraver la situation. L’hyperinflation devient incontrôlable. En 1989, Carlos Menem, candidat péroniste, accède à la présidence.

L’intégration de l’Argentine dans le marché international

Le gouvernement dirigé par Menem achève le processus d’amnistie des responsables des crimes commis pendant la dictature et applique de manière stricte les postulats du « Consensus de Washington » [22]. Les mesures introduites sont marquées par l’austérité budgétaire, la privatisation des entreprises publiques [23], des réformes du Code du travail (impliquant une forte flexibilité et une précarisation du travail caractérisées, notamment, par une augmentation de la sous-traitance, des contrats temporaires et intérimaires, l’introduction des primes à la productivité individuelle, l’autorisation du licenciement abusif et la réduction des contributions sociales des employeurs) ainsi que la surévaluation de la monnaie locale et la réduction des impôts douaniers. Ces dernières mesures ont aggravé la balance commerciale, entraînant l’explosion du déficit commercial et la fermeture de milliers d’entreprises.

Entre 1990 et 2001, l’Argentine signe 58 traités bilatéraux d’investissement (TBI), par lesquels les pays signataires acceptent des règles « de protection des investissements » concernant le traitement que ces États devront accorder aux investisseurs établis sur leur territoire. Si un investisseur estime que ces règles n’ont pas été respectées, il peut saisir un tribunal international constitué conformément aux règles de l’ONU et de la Banque mondiale.

L’introduction de ces politiques a aggravé, en peu de temps, la situation des travailleurs. En 1991, les négociations collectives sont réglementées à travers un décret qui interdit les indexations salariales et permet uniquement des augmentations correspondant à la productivité ; le système de pension est réformé, prolongeant le temps de cotisation nécessaire pour accéder à la pension. Cette situation ne fera qu’empirer durant les années suivantes. Le taux de chômage passe de 7,6 % en 1989 à 17,5 % en 1995 [24] tandis que le temps de travail journalier augmente : en mai 1988, 33 % des travailleurs ont une charge horaire supérieure aux 45 heures par semaine et 10,9 % d’entre eux travaillent plus de 62 heures. En mai 1998, 42 % des travailleurs dépassent les 45 heures et 15 % travaillent plus de 62 heures [25].

Face à ces politiques, les actions menées par la CGT sont limitées à défendre les garanties corporatives de la confédération, laissant au second plan les réformes qui concernent les relations de travail. En décembre 1991, une nouvelle rupture au sein de la CGT se produit : l’Association des travailleurs de l’État (ATE) et la Confédération des travailleurs de l’Éducation de la République argentine (CTERA) créent la Centrale des Travailleurs de l’Argentine (CTA). Cette nouvelle Centrale est intégrée par des dirigeants péronistes socio-chrétiens liés à la Centrale latino-américaine des Travailleurs (CLAT). Elle est rejointe par les syndicats des secteurs les plus touchés par les ajustements structurels, c’est-à-dire par certains syndicats des secteurs privatisés et des syndicats appartenant au secteur public.

Dans ce contexte, en 1993, un nouveau cycle de luttes survient, durant lequel les actions sont majoritairement portées contre les conséquences des politiques néolibérales et principalement menées par les groupes les plus touchés par celles-ci : les travailleurs sans emploi et les employés du secteur public. Les mobilisations s’intensifient et en 2001, un mouvement de grande ampleur renverse quatre présidents successifs.

En 2003, dans un contexte de crise institutionnelle, Nestor Kirchner remporte les élections et cherche à repositionner l’État en acteur régulateur. Cependant, la progression de la mondialisation néolibérale ne s’arrête pas. En effet, l’introduction des politiques néolibérales s’inscrit dans une nouvelle phase d’accumulation capitaliste où, l’intégration de l’Argentine dans le marché international implique un processus de spécialisation du système de production agricole à grande échelle, destiné principalement à l’exportation. Durant les années 1990, les nouvelles technologies permettent d’exploiter des territoires et des ressources jusque-là inexploitées. C’est le modèle extractiviste [26] qui s’impose, de plus en plus axé sur l’extraction extensive de ressources naturelles et sur l’extension des frontières vers des territoires autrefois jugés « improductifs ». Ce qui implique un nouveau processus d’accaparement des terres et l’imposition des rapports de production capitaliste à des populations paysannes et indigènes. Ce modèle se verra fortement consolidé durant les années 2000.

 


Pour citer cet article :

Natalia Hirtz, « Formation, développement et extension du capitalisme en Argentine », Gresea, décembre 2016, texte disponible à l’adresse :
http://www.gresea.be/spip.php?article1567



Notes

[1En Amérique Latine « indigène » est venu remplacer le terme « indien », mot lié à l’appellation construite par les conquérants espagnols qui croyaient débarquer en Inde.

[2Lire à ce propos, Román C. Manuel, « Los cambios en la protesta : los trabajadores de las estancias y saladeros. El caso del oriente entrerriano (1850-1862) », PIMSA, Buenos Aires, 2004.

[3Lire à ce propos, Carrera N. Iñigo, « El problema indígena de la Argentina », RyR, n°4, Buenos Aires, 1998.

[4Godio Julio, Historia del movimiento obrero argentino. 1870-2000. Tome I. La época de las corrientes sindicales fundadoras. 1870- 1943, Corregidor, Buenos Aires, 2000, p.70.

[5Nous reprenons ici le concept de classe en soi de Karl Marx. Cette classe ouvrière est constituée par ceux qui, par la vente de leur force de travail, produisent directement ou indirectement une plus-value pour une autre classe qui achète cette force de travail. Ainsi cette classe en soi est constituée par des travailleurs partageant une condition d’exploitation et de domination.

[6Del Campo Hugo, Sindicalismo y Peronismo. Los comienzos de un vínculo perdurable, Éd. Siglo veintiuno, Buenos Aires, 2005, p.53.

[7Godio Julio, op.cit., 2000.

[8Discours prononcé par Perón, 1/05/1944. Dans, Del Campo, op. cit., 2005, p. 204.

[9Discours prononcé par Perón, septembre 1944. Dans, Del Campo, op. cit., 2005, p. 225.

[10Discours prononcé par Perón, 25/06/1944. Dans, Del Campo op. cit., p. 215.

[11Sources : Doyon Louise, « La formación del sindicalismo peronista », dans Torre Juan Carlos (dir.), Nueva Historia Argentina. Tomo 8. Los años peronistas (1943-1955), Ed. Sudamericana, Buenos Aires, 2002.

[12Torre J. Carlos, « Introducción a los años peronistas », dans Torre (dir.), Nueva Historia Argentina. Tomo 8. Los años peronistas (1943-1955), Ed. Sudamericana, Buenos Aires, 2002.

[13Extraits du décret dans Novaro Marcos et Palermo Vicente, “La historia reciente. Argentina en democracia”, Edhasa, Buenos Aires, 2004, p. 73.

[14Extrait du décret dans Carrera N. Iñigo et al. Agustín Tosco. La clase revolucionaria, Ed. Madres de Plaza de Mayo, Buenos Aires, 2006, p. 333.

[15Des économistes latino-américains formés à l’Université de Chicago, sous l’hégémonie des théories néolibérales développées, notamment, par Milton Friedman. En 1956, l’école de Chicago signe un partenariat avec l’université pontificale catholique du Chili ; des professeurs enseignent sur place et des bourses sont attribuées à certains étudiants pour se former à Chicago. Ce système des bourses s’étend aux autres pays de la région en 1965, avec la création du Centre d’Études économiques latino-américain de l’Université de Chicago, financé par la fondation Ford.

[16Klein Naomi, « La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre », Essai (Poche), 2013.

[17Ibid.

[18Godio Julio, Historia del movimiento obrero argentino. 1870-2000. Tome II. La época de hegemonía del sindicalismo peronista. 1943- 2000, Corregidor, Buenos Aires, 2000, p. 1131.

[19Sources : Lorenz Federico et Adamoli M. Celeste (dir.), “Pensar la dictadura : terrorismo de Estado en Argentina”, Ministerio de Educación de Argentina, 2010, p. 42.

[20Sources : Amico Fabián, « Los salarios reales en el largo plazo : surgimiento de un nuevo piso estructural de las remuneraciones en Argentina », CEFIDAR, 2015, p. 39.

[21L’Union Civique Radicale, regroupe des libéraux centristes et des sociaux-démocrates. Fondée en 1891, l’UCR devient l’un des principaux partis politiques argentins. Depuis 1946, le pays est dirigé en alternance par les péronistes et les radicaux de l’UCR, sauf quand les militaires ont confisqué le pouvoir.

[22En 1989, les institutions financières internationales siégeant à Washington (dont principalement, la BM et le FMI) élaborent de nouvelles mesures destinées aux États d’Amérique latine qui se trouvent « en difficulté pour rembourser leurs dettes ». Ce paquet de réformes est connu sous le nom de « consensus de Washington ». Il reprend les 10 mesures rédigées par l’économiste John Williamson et vise, entre autres : une rationalisation des dépenses publiques ; une réforme fiscale ; la libéralisation du commerce international et des investissements étrangers ; la privatisation des entreprises et des services publics ; et l’application de taux de change compétitifs.

[23Les grandes privatisations ont concerné : les télécommunications, la compagnie aérienne, le pétrole, l’électricité et le gaz naturel, l’eau, les assurances, les caisses de retraite et les caisses médicales, le chemin de fer, les lignes maritimes, les installations portuaires, les silos à grains, les aéroports, la poste, les aciéries, etc. Ces privatisations ont été suivies par des centaines de milliers de licenciements.

[24Sources : Ferreres Osvaldo J., (dir.), Dos siglos de economía argentina (1810-2004) : Historia argentina en cifras, El Ateneo/Fundación Norte y Sur, Buenos Aires, 2005.

[25Carrera N. Iñigo, « La situación de la clase obrera en la argentina del capital financiero », Theomain n°19, Buenos Aires, 2009.

[26Modèle d’accumulation « basé sur la surexploitation de ressources naturelles, en grande partie non renouvelables, ainsi que sur l’extension des frontières vers des territoires autrefois jugés improductifs » Svampa Maristella, « Consensus des matières premières, tournant éco-territorial et pensée critique en Amérique latine », Alternatives Sud, vol. 20. Centre Tricontinental-Syllepse, Paris, 2013, p. 35.

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