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L’amour, l’économie, la course … et la poésie

Face à l’utilitarisme du chiffre, de la compétition et des valeurs néolibérales, voici un texte où il est question d’amour, de poésie et...d’économie.

Ricardo Cherenti
Article mis en ligne le 8 décembre 2010

"Parmi les étoiles admirées, mouillées
par des fleuves différents et par la rosée,
j’ai seulement choisi l’étoile que j’aimais
et depuis ce temps-là, je dors avec la nuit"
Pablo Neruda

 Poésie d’automne

Je me réveille un matin d’automne, j’ouvre la fenêtre et je laisse le vent entrer dans la chambre.

Plus tard, un thé dans une tasse. Il s’en échappe une légère fumée qui danse sensuellement jusqu’à mes narines.
Plus tard encore, j’ouvre un cahier épais. J’y ai soigneusement noté à l’encre de Chine, d’une jolie calligraphie, quelques poèmes que j’aime réciter.

La culture ne sert à rien ! Au sens économique, elle n’a aucune utilité. En Italie, le Gouvernement Berlusconi l’a parfaitement compris. « La culture ne se mange pas », a justifié Giulio Tremonti, Ministre de l’Économie, après la décision de réduire drastiquement le budget de la culture. On ne mange pas la culture ! Les riches n’en ont pas besoin car ils ont mieux à faire : du profit. Les pauvres n’en auraient aucune utilité : cela ne les nourrirait pas.

Reste qu’il y a dans nos vies des « presque rien » qui nous gonflent de bonheur autrement que par une vision utilitariste. Qui, hormis un malade mental, est jamais tombé amoureux d’une hausse du PIB ? Le bonheur n’a rien à faire dans ces parages. Il se garde bien de l’utile et lui préfère le vrai, le bon, le beau. Et si l’utile penche vers la solitude (car si je suis seul à atteindre l’utile, mes concurrents sont sur la touche et je gagne), le bonheur, comme le dit Marcel Conche, au contraire ne peut exister qu’avec d’autres. « On n’est jamais heureux seul ».

Le « presque rien » qu’ouvre l’horizon de la poésie n’est rien moins que l’essence de la vie. Car c’est le beau, le bon et le vrai qui donnent sens. Et les trois ne sont jamais éloignés l’un des autres. La poésie est bien, comme le dit Nancy H. Kleinbaum, ce qui « perce l’opacité des choses pour en faire jaillir l’essence à nos yeux ». C’est en cela qu’elle rejoint la vérité. C’est en cela que son chemin est le bon.

Enfin, j’ouvre le journal sur la grande table et je lis. La crise frappe encore ! Mais on ne cite que l’économie. La crise ne serait donc plurielle que pour ceux qui la subissent et se déclarerait au singulier pour ceux qui en sont la cause ? Et pour eux, le coupable consentant est bien connu : l’État dépensier. Il n’y aurait dès lors qu’une seule solution dont on a encore du mal à savourer la finesse : la rigueur. Rigueur ici et rigueur là. Rigueur ici comme rigueur ailleurs. Rigueur partout.

J’avais déjà parlé, dans un article précédent, de cette étrange maladie qu’est la crise. J’avais dit aussi les remèdes qu’on allait bientôt nous faire avaler1. Cela n’était pas une magie que de le prévoir. Mais c’est bien bêtise que d’y croire. Les remèdes que l’on nous donne sont le poison qui accentue la maladie et qui nous donne une raison supplémentaire d’être soignés. Ce sont les remèdes qui vont nous rendre malades et les médecins ont décidé de nous saigner profondément. Disons clairement que nos sociétés ont, un jour, renoncé à se poser des questions. Elles y ont renoncé en faisant le plus grand des sacrifices qui soit : celui de la vérité.

Et c’est ainsi que « le mensonge devient l’ordre du monde », comme le pensait déjà Kafka. La vérité serait alors le désordre du monde néolibéral. Celui qu’il faut cacher. Celui qu’il faut bannir. Et avec la vérité, il faut bannir la poésie, le juste et le bien. Aucun de ces mots ne vaut en lui-même, mais chacun est un guide au pays des ténèbres et éclaire nos pas vers un possible mieux-être.

Prenons le mot vérité. C’est un nom féminin qui vient du latin « veritas ». Il est, à l’époque, considéré comme signifiant « les règles » et « la droiture ». Le mot partage sa racine avec le mot « verificare » c’est-à-dire « vérifier ». Cette étymologie nous laisse entendre qu’on ne tient jamais la vérité une fois pour toute. Il faut à tout moment douter et vérifier. Le doute est notre droiture, notre exigence morale. Non que nous ne puissions jamais trancher, mais tout choix fera l’objet d’un renoncement. Il faut donc bien peser nos arguments pour avancer sans regrets.

 Neo-veritas

Nos sociétés actuelles ne reposent pas sur la vérité mais sur un mythe, celui de la croissance économique (mesurée par le PIB) dont tout le monde est prié de ne pas douter2. La « nouvelle » vérité n’est donc pas à vérifier. Elle n’est pas à chercher non plus. Elle est juste imposée. Elle ne repose pas sur la droiture mais sur une forfaiture. Elle est comme le conseil du Bouffon dans Faust : « Mettez un peu de vrai dans beaucoup d’images ». Le peu de vrai rendra le récit vraisemblable, ce qui constitue la « néo-veritas » contemporaine. Le vraisemblable vaut vérité.

C’est une contradiction manifeste avec l’étymologie. Raison pour laquelle je parle plutôt d’un mythe. Mais on pourrait tout aussi bien parler de mensonge. Pour bien en comprendre la profondeur, pensons à cette phrase du Nobel d’Économie, Georges Stigler, parlant de la science économique : « Si les faits donnent tort à la théorie, ce n’est pas la théorie qui est fausse, c’est la réalité »3. Cela a le mérite de la clarté.

Mais si c’est clair, pour autant ce n’est ni droit, ni vrai. Mais le mensonge, on le voit, devient ici plus vrai que nature car il porte le sceau de la science. Il est sans contestation possible. Le vrai ne vaut plus par lui-même, il n’est que la fable d’un conteur dont la légitimité repose sur son titre et son statut scientifique.

Le mensonge a ceci de fascinant, c’est qu’extraordinairement, il nous attire bien plus que la vérité. Soit qu’il est plus facile d’accès et que nous avons besoin de cette facilité pour imaginer vivre mieux, soit alors que nous sommes davantage disponibles aux histoires que l’on nous raconte et que les fables nous enchantent davantage que le réel. Ou peut-être est-ce l’un et l’autre ? Il faut dire que le plus souvent la vérité est plate et peu exaltante. Elle ne prête pas au rêve. Le mensonge, par contre, peut s’avérer très télégénique, rempli de rebondissements, de fascination et d’émotions.

Donnons un seul exemple : celui de la guerre en Irak. Si en 2001, Georges W. Bush était venu dire à la télévision qu’il se devait de dire la vérité et que l’Irak n’avait pas d’armes de destruction massive. S’il était venu dire cela au peuple américain après avoir préparé la fable d’une guerre belle et noble, après l’avoir mise en histoire et remplie d’indignations, d’exaltations, de revanches, après l’appel au patriotisme pour défendre la nation et même le monde, après la mise en lumière d’un régime repoussant et diabolique et la catharsis d’une guerre de libération présentée comme juste et comme un repoussoir du « mal ». Il semble que cette vérité serait tombée à plat et n’aurait pas été acceptée car elle aurait été considérée comme peu conciliable avec une mise en scène de cinéma imaginée pour rentrer en guerre.

Pour reprendre une expression à la mode, les Américains préféraient, à l’époque, une belle « storytelling ». Le mensonge est une forme d’action politique de plus en plus courante. Et cette politique –j’allais dire cette poétique- du mensonge n’est plus choquante pour la plupart, car elle est façonnée de manière à être vraisemblable. Et cela suffit à ne plus jamais être tout à fait un mensonge.

Le philosophe Vladimir Jankélévitch ne s’y est pas trompé en affirmant que, dans tous les cas, la raison pour laquelle on ment, c’est le manque de générosité. On ment par manque d’amour. Et en disant cela, le philosophe rejoint Arthur Schopenhauer qui voyait dans le mensonge un moyen efficace d’éluder la concurrence4. Car il s’agit bien de concurrence. Dans un monde que l’on a réduit volontairement à la compétition permanente, il n’existe plus de conscience collective, il n’y a que des individus en concurrence les uns avec les autres. Le mensonge (dans ce monde vers lequel nous allons à grands pas) prend alors une forme de guerre permanente de tous contre tous. Quand les individus sont complètement « dissociés », ils ne sont d’ailleurs plus unis que par le fait même qui les sépare. C’est paradoxalement la guerre qui les tient unis. La guerre est devenue l’environnement par lequel on tient les uns avec les autres. Sans cette guerre qui nous tient, nous ne sommes plus que des individus isolés et perdus. Et c’est bien notre malheur, c’est la guerre qui lie nos destins, c’est la guerre qui fait sens.

 C’est comme une grande course

Si l’on organise une compétition de vélo où les équipes sont interdites, comment peut-on imaginer la course autrement que comme une guerre de tous contre tous ? La société est à cette image. Le rêve de la victoire finale (et l’on sait qu’une seule personne gagnera la course) nous fait abdiquer le rêve d’une vie paisible et meilleure où « l’autre » est un associé ou un ami, nous fait renoncer à considérer comme victoire le fait d’aider les plus faibles à monter au sommet de la montagne, nous fait renoncer à la solidarité ou toute autre vertu du lien social dans le monde. On renonce même au simple plaisir de rouler, d’admirer les paysages, d’entretenir sa forme en faisant un sport qui détend.

Mais cela n’est pas tout, quand notre société mise sur un régime politique néolibéral, non seulement elle favorise la compétition pour « dissocier » les individus de l’idée du groupe, mais elle s’empresse d’ajouter d’autres règles à la compétition pour la rendre plus stimulante, plus dynamique, plus intransigeante. Voyons quelques unes de ces règles.

- L’appât du gain

Auparavant, de multiples prix étaient remis aux coureurs afin de faire de toute course une fête où chacun y puisait la saveur du jeu collectif. Le premier recevait un beau prix, les suivants recevaient un peu moins et ainsi de suite, mais tous obtenaient quelque chose. Et la différence entre le premier et le dernier était relativement faible. Ensuite, il y avait des prix spéciaux pour la combativité, le fairplay, le plus souriant, etc.

Mais imaginons qu’un jour on décide de répartir ces prix autrement. En effet, dorénavant on décide que les trois premiers gagneront beaucoup d’argent. Et les suivants auront quelques miettes à se partager.

Imaginons en outre que l’on autorise les entreprises, pour leur marketing, à donner de l’argent aux coureurs qu’elles choisissent (et elles ne choisiront que les coureurs visibles à la télévision).
On peut imaginer que la compétition en sera d’autant plus rude et impitoyable car le seul intérêt de la course devient la victoire. Et aux yeux de beaucoup, le spectacle n’en sera que plus beau.

Ensuite, imaginons que les organisateurs mettent sur pied des paris afin de stimuler la participation des spectateurs. Bien que l’on comprenne que s’il y a des premiers c’est parce qu’il y a aussi des derniers, il n’empêche, les derniers sont si rarement visibles qu’ils sont méprisés. Et leur participation en est devenue quasi honteuse.

- A bas les faibles

Puis un jour, malgré les sommes colossales qu’ils empochent, ceux qui ont l’habitude de gagner les courses se plaignent qu’ils ont de plus en plus de frais médicaux pour préparer leurs courses. Les organisateurs imaginent alors une nouvelle règle. Une caisse commune sera organisée. Chacun des coureurs mettra 15 % de ses revenus dans la boite (mais pour éviter que les gagneurs n’interviennent trop, on plafonne leur mise à un « bouclier de cotisation »).

Notre société est à cette image. Les perdants de la compétition économique sont des perdants déshonorés et humiliés. Ce sont les « sans voix », ceux qu’on ne veut pas voir et qu’on n’entend jamais. Les caméras ne s’arrêtent pas sur les moins bons sauf une fois de temps en temps pour montrer combien les « loosers » sont misérables. Nous sommes sans pitié pour eux car, pris dans notre compétition permanente, nous nous intéressons à nous seuls, pas aux autres. Ce n’est pas par cruauté, c’est parce que nous n’avons pas le temps de ralentir pour eux. Parce que ralentir, c’est risquer de perdre. Et lorsque l’enjeu est aussi important, perdre, ce n’est pas que passer à côté d’une somme d’argent, on perd aussi une identité, une dignité, le regard de l’autre, le sentiment d’exister.

- Vitesse et dopage

L’emballement de la compétition est tel que pour avoir plus de chance d’arriver premier ou, à tout le moins pour être sûr de ne pas perdre, nous augmentons l’allure. Sans cesse. Il faut aller toujours plus vite. La vitesse devient le leitmotiv. On ne se pose plus de questions, on va vite, toujours plus vite.

Hannah Arendt estimait que « la terreur est l’accomplissement du mouvement ». La loi de la vitesse, et notre société du progrès est une société qui va sans cesse plus vite5, c’est la loi de la peur. Parce que tout le monde ne sait pas aller vite ou ne peut pas aller vite. Parce que tout le monde peut un jour avoir un moment de faiblesse (mais la faiblesse n’est pas autorisée en compétition).

Pour à la fois prendre de la vitesse et pour se sentir rassuré, il y a le dopage. Cela augmente les performances et cela permet de mieux récupérer. Certes, il y a des risques de santé sur le long terme. Mais la compétition et la vitesse ont cette force, c’est qu’elles font perdre de vue demain. Seul aujourd’hui compte. La victoire aujourd’hui serait même un remède contre la peur du lendemain. La vitesse a cette vertu. La compétition aussi.

L’énigme du monde contemporain est là, dans la peur de la perte. On craint pour notre sécurité, on a peur de l’autre, on angoisse à l’idée de perdre notre argent, on frémit à l’idée de perdre même nos compétences. La vitesse et la peur nous enferment dans nos solitudes et nos replis sécuritaires. Nous sommes beaucoup à participer à la compétition, mais nous sommes toujours seuls.

- L’autre est un ennemi

Dans la grande compétition, il y a une règle : il faut que la course plaise aux téléspectateurs. Il faut de la vitesse et de la puissance, mais il faut aussi des rebondissements. Il faut du suspens. Et il y a un moyen efficace pour cela, c’est que les organisateurs ferment les yeux sur certaines pratiques, voire même les suggèrent. Ainsi en est-il du dopage. Mais faire tomber, « par inadvertance », un autre coureur ferait assurément de l’audience. Il y a moyen de n’y voir qu’une maladresse irresponsable. A ce jeu, le concurrent devient vite un ennemi à abattre qu’il n’est d’ailleurs pas si difficile à abattre. Et qui plus est, si plus vous êtes un gagneur et plus on ferme les yeux, alors la compétition peut s’avérer juteuse.

- Le riche s’offre le pauvre

Il arrive aux plus riches d’avoir de bonnes idées (c’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont riches). Imaginons qu’ils aient un moment de grande générosité et qu’ils décident de s’offrir les services des coureurs les plus pauvres. Pour une somme très modique (mais qui viendra s’ajouter aux miettes du revenu de ce dernier), ceux-ci feront la course pour le champion dans l’espoir de le voir gagner. Voilà comment les pauvres font la course pour les riches (et font les mauvais coups pour eux).

- Le rêve des plus pauvres

Depuis quelques temps, on s’est rendu compte d’une nouvelle pratique. Les coureurs participent eux aussi aux paris. Les plus pauvres s’offrent le rêve de gagner gros en misant sur les champions.
Alors que tout le système de la course est bâti contre eux, les voilà à soutenir ce système et finissent même par penser que lorsque les champions gagnent, ils en retirent des bénéfices.

 Les repères moraux

J’ai montré qu’étymologiquement la vérité demandait de la droiture. Or, on n’est pas droit dans le mensonge. On perd le sens de la morale et on perd le goût des valeurs qui fondent nos repères.
Revenons encore une fois à l’étymologie. Le mot « valeur »6 vient du latin « valor ». Le mot veut d’abord dire « ce qu’une personne est estimée pour son mérite, pour ses qualités ». Par extension, par la suite, le mot s’utilise aussi pour parler de « l’importance » d’une personne, puis de sa bravoure ou de sa vaillance.

C’est au 17ème siècle qu’est évoquée l’idée d’un prix. Et c’est là que la sémantique entraine le monde dans des dérives mercantiles. A entendre le sens contemporain du mot, ce qui coûte a de la valeur et, par opposition, ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur. Et dans notre société qui a déifié les indicateurs de production et de valeur ajoutée, et en particulier le PIB, ce qui n’a pas de prix ne peut pas être compté, et ce qui ne peut être compté ne compte pas, n’a aucune valeur. L’amour est ainsi, et c’est la folie de notre monde. On peut être heureux lorsqu’on aime. Oui, mais voilà, l’amour n’a pas de prix et on ne le compte pas. Il n’a dès lors aucune valeur. On sait tous que ce que je dis là crée un malaise. On sait tous qu’aimer a de la valeur à nos yeux, mais pourtant, cet amour n’est pas utilitaire, il n’est pas directement utile à la croissance économique7.
Ce que je dis pour l’amour est valable pour le beau. Que le paysage que j’ai devant chez moi, le matin, en automne, lorsque j’ouvre la fenêtre soit beau est peu utile. Il ne vaut donc rien. Pourtant, j’éprouve un petit bonheur quotidien à admirer les arbres, les champs, etc. Et ce que je dis là est vrai également de la poésie. Pourquoi commencer cet article par un poème de Neruda ? Mais pour rien. Rien d’utile du moins. Rien qui ait une valeur marchande. Juste le plaisir. Uniquement le plaisir.

 Conclusion

Quand rapidement elle passa près de moi,
le bout de sa robe me frôla.
Comme d’une ile inconnue vint de son cœur
une soudaine et chaude brise de printemps.
Un souffle fugitif me caressa, et s’évanouit,
tel s’envole au vent le pétale arraché à la fleur
Il tomba sur mon cœur comme un soupir de son corps et
un murmure de son âme.
Rabindranath Tagore

Pourquoi faudrait-il une raison pour aimer ? Pourquoi faut-il se justifier de passer du temps à lire un poème ? Pourquoi écrire des belles phrases savoureuses serait une perte de temps ? Pourquoi ?
Ces « presque rien » qui nous enivrent de bonheur sont un « presque tout » qui valide nos vies. La poésie est ce qui a le pouvoir de déclencher le réveil, nous dit le philosophe. On se trompe quand on met de côté nos valeurs morales pour laisser la place aux valeurs marchandes. On se trompe quand on admire le chiffre et rejette l’esprit. On se sous-estime lorsqu’on ne se mesure plus qu’avec l’argent. On vit alors à genoux. Et seuls l’amour, la poésie, la vérité, la justice, la beauté nous permettent de lever la tête, nous permettent de vivre droits. La droiture dont je parlais à propos de la vérité est toute là. Oublions la compétition. On dira que c’était un mauvais rêve. Oublions les mensonges. On dira qu’on s’est trompé de route (ça arrive à tout le monde après tout). Et revenons à la poésie. La poésie nous sauvera et elle ramènera la vérité sur notre chemin et par là même elle ramènera la joie, car comme le dit Saint Augustin, « La joie nait de la vérité ».

« La Terre est bleue comme une orange », disait Paul Eluard. Et les poètes ne mentent jamais.

1 Voir Cherenti R., La crise prendra fin avant-hier à 16h34, Econosphère, www.econospheres.be

2 Voir Cherenti R., Le PIB est-il un bon indicateur ?, www.econosphere.be.

3 Cité par Généreux J., La grande régression, Seuil, 2010, p. 260.

4 Pour A. Schopenhauer, il y a en fait deux façons de résoudre un problème de concurrence : la violence ou le mensonge.

5 Voir à ce sujet … quasi tous les livres de P. Virilio, dont la philosophie de la vitesse est la spécialité.

6 Rey A., Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 2010.

7 Je précise qu’il n’est pas directement utile, car l’amour, l’esprit d’équipe, la solidarité, le bien-être, sont des conditions de valorisation de l’individu qui le mettent dans de bonnes dispositions pour être productif.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux d'Econosphères.