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Le Day After des CPAS

Le jour où les communes seront incapables de soutenir l’action sociale des CPAS, il en coûtera alors plus cher à la collectivité pour inventer des plans d’urgence. Le jour où le personnel des CPAS de trop nombreuses petites et moyennes communes dira « c’est assez », il sera sans doute déjà trop tard. Le jour où… car après le jour où, il y a le « Day After ».

André Elleboudt
Article mis en ligne le 5 octobre 2009

C’est l’histoire de femmes et d’hommes dont un des moteurs est de construire une solidarité réelle au sein de leur Commune. On les appelle Président(e)s de CPAS. Parfois, des mauvaises langues disent qu’ils/elles occupent la fonction faute de mieux. Je peux vous affirmer que celles et ceux dont je vais vous parler appartiennent à la race (en péril) des gens qui ont un idéal, d’humains qui ont la rage de vaincre ancrée en eux. Ces Président(e)s de CPAS, je les connais bien pour être proche d’eux par le travail débuté voici bientôt 5 ans, au sein du Comité d’Orientation Social de Prospect 15.

L’histoire en question, c’est la narration d’un quotidien fait de joies sans doute, mais de tant d’embuches que l’on en vient à se dire : « le jour où ces gens-là en auront marre, que fera-t-on ? ».

L’histoire est celle d’un quotidien au cours duquel les choses, pourtant essentielles, semblent, paisiblement, se détricoter ; l’histoire d’un chemin quotidien qui semble ne devoir aller que dans une seule direction : le mur. C’est l’histoire d’une collision prévue qui semble n’inquiéter personne. Pour décrire cette histoire, 5 images. Si le lecteur veut apprécier la fin de l’histoire, il lui faut détailler ces 5 images.

Image 1, le compte-gouttes.
Les missions d’un CPAS s’élargissent sans cesse. Les aides en tous genres se multiplient à l’envi. Le CPAS devient la voie ultime de tous ces gens exclus de partout. Exclus avec ou sans raison, la question mérite d’être posée mais les faits parlent d’eux-mêmes. Exclus de partout, ces exclus atterrissent au CPAS, à charge de la communauté (la Commune, la Région et l’Etat Fédéral). Savez-vous que dans une coquette cité mosane l’aide du Fédéral atteint 3 % du budget global du CPAS ? Compte-gouttes !

Image 2, un cerveau sans cervelle.
Nous sommes tous d’accord pour confirmer la nécessité des lois. Nous sommes moins unanimes lorsque se pose la question de l’esprit ou de la lettre de la loi. En Région Wallonne, lorsque des humains sont exclus d’une habitation insalubre et qu’ils ont fait la preuve qu’ils recherchaient un logement salubre, ils peuvent bénéficier d’une aide au déménagement et d’une aide mensuelle destinée au paiement du loyer. Ces gens sont en général sans le sou. Savez-vous que l’aide de la Région Wallonne dans ces cas connaît un retard de paiement de parfois presque 2 ans ? Sans explication ! Que reste-t-il à faire au CPAS ? Les exclure ?

Image 3, remplir un évier dont on a ôté le bouchon…, est ce qui arrive aux personnes en difficultés financières. Un service particulier vient en aide qui permet à celles-ci d’en sortir momentanément, c’est la médiation de dettes. Cependant, on constate sur le terrain que mettre en place une médiation de dettes sans, parallèlement, établir de guidance budgétaire, est souvent inutile et demande du personnel et du temps supplémentaires dont les CPAS ne disposent pas toujours. C’est l’histoire de l’évier…

Image 4, construire un château avec du sable est la situation que connaissent, dans les communes petites et moyennes, de nombreux CPAS. Des possibilités de projets sont là, alléchantes, utiles, nécessaires,… Pour ce faire, il faudrait l’une ou l’autre personne à temps plein : les communes n’en ont pas les moyens, les CPAS encore moins. Ceux-ci se retrouvent sans bras pour inventer, rédiger, compléter la multiplicité de dossiers pour des projets toujours intéressants. Les bras manquent et le sable s’écoule entre les doigts.

Image 5, le siège éjectable. J’accueille une personne en difficulté, je dispose pour ce faire du temps nécessaire. Lorsqu’il s’agit de suivre cette personne, son évolution, ses efforts, le chemin qu’elle emprunte pour « en sortir », c’est comme si vous la receviez et qu’au cours de la conversation vous appuyiez sur la pédale du siège éjectable. Je vous aime bien mais je n’ai pas le temps. En matière de suivi social personnalisé, on a déjà fait mieux !
Ces 5 histoires pour affirmer que le jour où ces maisons de la dernière chance que deviennent de plus en plus souvent les CPAS s’écrouleront, il sera un peu tard pour s’interroger sur les raisons.

André Elleboudt, Coordinateur de Prospect 15

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux d'Econosphères.