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Le social et l’environnement : des indicateurs alternatifs au PIB

Cette étude de Philippe Defeyt, publiée en octobre 2004 par l’Institut du Développement Durable (IDD), propose une mise en perspective de plusieurs indicateurs alternatifs au PIB. Une introduction pédagogique pour sortir de la dictature du PIB sur l’élaboration des politiques économiques, sociales et environnementales.

Philippe Defeyt
Article mis en ligne le 12 avril 2010

Introduction : Il n’y a pas que le PIB

Le chapitre 40 d’Action 21 (mieux connu en Belgique sous l’appellation Agenda21), un des textes fondateurs adopté à la Conférence de Rio en 1992, propose d’améliorer les systèmes d’Information pour la prise de décision.
De nombreuses institutions - organismes officiels, centres de recherche et ONG - ont effectivement depuis lors suivi cette recommandation en proposant des indicateurs que l’on peut qualifier de développement durable. Dans cet te perspective, plusieurs organisations internationales officielles ont mis au point des listes d’indicateurs de développement durable. On pense en particulier aux :

- Indicateurs de la Commission de développement durable des Nations-Unies (souvent mieux connue sous son acronyme anglais : CSD – Commission of Sustainable Development)

- Indicateurs environnementaux de découplage de l’OCDE (par ex : découplage entre la croissance économique et les émissions de gaz à effet de serre)

- Indicateurs de Développement Durable d’Eurostat.

Pour donner une plus grande épaisseur à ces indicateurs de développement durable, « on assiste, depuis le (début ) des années 90, à une floraison d’initiatives, émanant selon les cas de chercheurs, d’associations et d’ONG, d’institutions statistiques, ou d’organisations internationales, visant à évaluer la richesse ou le « progrès » sur la base d’indicateurs « alternatifs » . Ces indicateurs remettent en question la domination politique et médiatique du PIB et de la croissance économique dans la mesure de la « richesse des nations » . Ces initiatives nouvelles sont portées par des exigences de deux types, qui souvent se rejoignent : des exigences « sociales » d’une part, des exigences environnementales de l’autre. » [1]
On pense, par exemple, à l’indicateur de développement humain des Nations Unies ou, en Belgique, aux études du Bureau fédéral du Plan sur les comptes environnementaux ou les indicateurs de développement durable, au récent Tableau de bord de l’environnement wallon et aux travaux de l’I nstitut pour un Développement Durable (IDD) [2].

D’une certaine manière, la mise au point de tous ces indicateurs prolonge les efforts entamés dès le XIXème siècle par ceux qui ont rassemblé des indicateurs « sociaux ». On pense notamment aux travaux d’Adolphe Quételet [3] (Recherches statistiques sur le Royaume des Pays-Bas) , Edouard Ducpétiaux (Le paupérisme en Belgique) , Frédéric Le Play (Les ouvriers européens), Charles Booth (The Aged Poor in England and Wales), Louis René Villermé (Tableau de l’état physique et moral des ouvriers) , etc., travaux qui eux aussi émanaient de la « société civile » et s’inscrivaient déjà dans une préoccupation de réunir des informations pour comprendre et agir.

Cette note vise à présenter de manière succincte quelques travaux représentatifs de cette volonté de sortir d’un économi(ci)sme [4] socialement et environnementalement dommageable.

Une typologie simple

On peut regrouper ces indicateurs alternatifs de plusieurs manières différentes. On trouvera par exemple deux typologies dans le Rapport que Jean GADREY consacre aux indicateurs alternatifs [5] où l’auteur propose sa propre typologie et où il présente celle proposée par l’OCDE [6] pour les indicateurs synthétiques en matière environnementale. Comme cette note a une visée avant tout pédagogique, la typologie proposée ici se veut très simple et regroupe les indicateurs suivants trois axes :

La vision :

1. Indicateurs qui « améliorent » le PIB traditionnel par des adaptations au mode de comptabilisation (ex : Indicateur de progrès véritable) ou par des comptes satellites (ex : Comptes environnementaux élaborés pour la Belgique par le Bureau fédéral du Plan). (« Améliorer la méthodologie du PIB » dans les tableaux de présentation ci-après)

2. Indicateurs qui explorent – et souvent essaient de synthétiser - un autre point de vue (autre qu’économique ou strictement économique) de la société (ex : l’Indicateur de santé sociale de Marc et Marque-Luisa MIRINGOFF) . Ce type d’indicateur est , une fois construit , très souvent mis en perspective avec le PIB (ou avec d’autres variables socioéconomiques).(« Il n’y a pas que le PIB »)

La « préoccupation » dominante :

1. Sociale.
2. Environnementale.

La méthodologie :

1. Tableau de bord (ensemble d’indicateurs supposés donner une image d’ensemble).
2. Indicateur synthétique.

NB :

- La plupart des indicateurs synthétiques sont intégrés dans ce qui est de facto un tableau de bord, soit parce qu’un
indicateur synthétique est construit à partir d’indicateurs de base, qui peuvent être interprétés en eux-mêmes, soit
parce que l’indicateur synthétique est conçu comme faisant partie d’un tableau de bord.

- De par leur nature, certains indicateurs sont monétaires, d’autres non.

titre documents joints

Cette étude de Philippe Defeyt est également disponible sur le site de l’Institut du Développement Durable à l’adresse : http://users.skynet.be/idd/documents/divers/indicalt.pdf

Notes

[1Jean GADREY et Florence JANY-CATRICE, Développement durable, progrès social : des indicateurs alternatifs », Source :
http://www.bip40.org/fr/#nh3

[2Les Indicateurs proposés par l’Institut pour un Développement Durable depuis 1997 sont consultables sur le site de l’IDD :
http://www.iddweb.be/. > cliquez sur Indicateurs à gauche de l’écran.

[3C’est lui qui inventa, par exemple, l’Indice de Masse Corporelle (Rapport du poids au carré de la taille), aujourd’hui très fameux, qui sert à mesurer l’extension de l’obésité dans les populations du nord et du sud de la planète.

[4On peut définir l’économisme ou l’économicisme comme la soumission de toute politique aux soi-disant « impératifs économiques » mais aussi comme la prépondérance culturelle et médiatique des analyses, concepts et informations de nature économique ou encore comme la vision d’une réalité économique qui constituerait un monde en soi, soumis à ses propres « règles’ et indépendant du reste. Lutter contre l’économi(cis)me est donc à la fois un choix politique et idéologique et une posture intellectuelle. Il est piquant de constater que Lénine aussi luttait contre l’économisme : « …le terme ‘économisme’ a été employé par Lénine pour caractériser de façon critique une conception du ‘marxisme’ qui s’efforce de réduire ce dernier à une simple ‘théorie économique’ à partir de laquelle pourrait être interprété l’ensemble des transformations sociales. » (in Charles BETTELHEIM, Les luttes de classes en URSS, Le Seuil, 1996, tome 1, p. 31) (Source :http://www.revolutionarydemocracy.org/French/varlet.htm#107). Voir aussi l’annexe 1.

[5Jean GADREY, « Les indicateurs de richesse et de développement – Un bilan international en vue d’une initiative française », Rapport de recherche pour la DARES, France 2003 (disponible à l’adresse : http://www.travail.gouv.fr/etudes/pdf/indicateurs.pdf)

[6OCDE, « Aggregated Environmental Indices – Review of aggregation methodologies in use », Working Group on Environmental Information and Outlooks, 2002 (rapport disponible à l’adresse : http://www.olis.oecd.org/olis/2001doc.nsf/LinkTo/env-epoc-se(2001)2-final)

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