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Nicolas Boukharine contre l’économie vulgaire

Brillant théoricien de la Révolution russe, Nicolas Boukharine connaîtra une trajectoire tragique. Elle est brièvement évoquée ici. A juste titre. La théorie économique dominante (marginaliste) dont il démontait les mirages en 1919 poursuit en 2009 sa belle carrière. D’apologie du capitalisme.

Michel Husson
Article mis en ligne le 19 octobre 2009

En 1911, Boukharine, jeune dirigeant bolchévik de 23 ans, est emprisonné puis déporté dans l’Arkhangelsk. Il s’évade vers Hanovre, et après un détour par Cracovie où il rencontre Lénine pour la première fois, s’établit à Vienne à la fin de 1912. Inscrit à l’Université, il y suit les séminaires de Böhm-Bawerk et Wieser, les principaux représentants de l’école économique « autrichienne ». C’est à Vienne qu’il écrit son Economie politique du rentier, achevée à l’automne 1914. C’est à Vienne aussi qu’il rencontre en 1913, un autre exilé, Staline, qu’il aidera, dit-on, à rédiger sa brochure Le marxisme et la question nationale. Les études de Boukharine se poursuivront au gré des expulsions, à Lausanne (où il étudiera Walras), puis à Stockholm et enfin à New York, avant son retour en Russie au début de la révolution de février 1917.

Il faudra attendre 1919 pour que le manuscrit de L’économie politique du rentier soit retrouvé et publié. Pourquoi rééditer ce livre, et donc le relire, près d’un siècle plus tard ? La réponse immédiate à cette question légitime est que les (grands) livres d’économie ne se démodent guère. Si l’économie était une science progressant de manière linéaire, on pourrait à la rigueur [1]. Mais une telle représentation ne correspond pas à la nature de cette discipline, qui, s’il s’agit d’une science, est une science essentiellement sociale. Elle ne se développe pas selon une succession de paradigmes se substituant les uns aux autres : ils sont au contraire relativement invariants, parce qu’ils correspondent à des représentations opposée des rapports fondamentaux de la société capitaliste.

 L’actualité du rentier

Le livre de Boukharine en est une splendide illustration : l’économie marginaliste qu’il prend comme cible est aujourd’hui encore la théorie économique dominante. Certes, elle a bifurqué par rapport à l’école autrichienne et a acquis une cohérence formelle en se dotant d’un appareil mathématique intimidant. Mais ses fondements n’ont pas changé et reposent sur une vision du monde identique, mais qui, au lieu d’être clairement exposée et revendiquée, se cache dorénavant dans les « détails » des postulats implicites des modèles théoriques.

Le titre du livre serait cependant trompeur si l’on en attendait une vision prémonitoire du capitalisme contemporain où les « rentiers » captent une partie croissante des richesses produites. Le sous-titre correspond mieux à son objet : il s’agit bien d’une critique de la théorie marginaliste, mais d’une critique sociale, qui cherche à montrer quelles en sont les références de classe. Pour Boukharine, la théorie marginaliste est l’expression théorique d’une idéologie particulière, celle du rentier qui « s’enrichit en dormant », pour reprendre la formule fameuse (mais peu suivie d’effet à l’encontre de la finance) du président Mitterrand. Le rentier produit une représentation fétichisée du mode de production capitaliste, où le capital produit du revenu, en fonction de ses propriétés, et indépendamment de l’exploitation de la force de travail.

Marx avait déjà décrit les avantages idéologiques du capital rentier : « pour les économistes vulgaires qui essaient de présenter le capital comme source indépendante de la valeur et de la création de valeur, cette forme est évidemment une aubaine, puisqu’elle rend méconnaissable l’origine du profit et octroie au résultat du procès de production capitaliste - séparé du procès lui-même - une existence indépendante » [2]. Marx revient à plusieurs reprises sur l’illusion d’une mise en valeur apparemment séparée du processus de production : « L’idée que cette forme de capital est autonome est renforcée par le fait que du capital prêté rapporte de l’intérêt, qu’il soit ou non effectivement employé comme capital » [3] et il insiste à nouveau sur le fait qu’il s’agit là d’une représentation à la fois populaire et adéquate à la réification des rapports de production : « dans sa représentation populaire, le capital financier, le capital rapportant de l’intérêt est considéré comme le capital en soi, le capital par excellence » [4]. C’est une illusion semblable qui se trouve à la base de cette « exubérance irrationnelle » qui a plongé le monde entier dans la crise.

 L’enfant chéri du Parti

C’est Lénine qui surnommait ainsi Boukharine. Mais, dans les deux notes que l’on a coutume d’appeler son testament, il en dressait un portrait ambivalent : « Boukharine n’est pas seulement le plus précieux et le plus fort théoricien du Parti, mais il peut légitimement être considéré comme le camarade le plus aimé de tout le Parti ; mais ses conceptions théoriques ne peuvent être considérées comme vraiment marxistes qu’avec le plus grand doute, car il y a en lui quelque chose de scolastique (il n’a jamais appris et, je pense, n’a jamais compris pleinement la dialectique) ». Ce jugement mi-figue mi-raisin résume assez bien les rapports conflictuels entre le maître et l’élève. Boukharine, lors de la première édition en russe publiée à la fin février 1919, dédie son opuscule au « camarade N.L. » autrement dit à Lénine. Ils avaient déjà eu l’occasion d’échanger à propos de leurs théories respectives de l’économie mondiale, lors de la rédaction, achevée en 1915 de L’économie mondiale et l’impérialisme pour lequel Lénine avait écrit une préface qui s’était égarée. La confrontation continuera, notamment sur la théorie de l’Etat : on peut s’en faire une idée avec les notes de Lénine qui émaillent le texte d’un autre livre de Boukharine, Economique de la période de transition. Ces échanges suivis donnent en tout cas une idée de la stature de Boukharine, qui était à la fois un intellectuel éminent et un dirigeant de premier plan du parti bolchevik.

Sa trajectoire peut se lire à partir d’une double oscillation : entre sa fonction d’intellectuel et ses responsabilités de dirigeant politique, d’une part ; et entre la « gauche » et la « droite » du parti bolchevik de l’autre. Ainsi Boukharine a-t-il soutenu des positions intransigeantes contre le traité de Brest-Litovsk ou en faveur du communisme de guerre dont il fait l’éloge et la théorie dans son Economique de la période de transition paru en 1920. Mais un an plus tard, il se rallie à la NEP (Nouvelle politique économique). Après la mort de Lénine en 1924, il combat l’opposition emmenée par Trotski et se rapproche de Staline avec lequel il fera alliance après que Zinoviev et Kamenev aient rompu avec lui. Il est ensuite à l’origine de la théorie du « socialisme dans un seul pays » dont Staline fera l’usage que l’on sait, et l’aide à conforter sa position de pouvoir dans le Parti. C’est à partir de 1928 que Boukharine se rend compte des dangers de l’autocratisme de Staline et la disgrâce commence. Ecarté du Bureau politique à la fin de 1928, il est d’autant plus marginalisé que Staline prend un nouveau tournant vers la collectivisation qui rompt avec l’orientation défendue conjointement par Boukharine et Staline.

Boukharine s’adapte aux circonstances et conserve son statut d’intellectuel de référence. Il est ainsi nommé rédacteur en chef des Izvestia en 1934, mais au prix d’un renoncement de fait à toute intervention politique dans la vie du parti. Cela ne suffira pas à le mettre à l’abri des purges staliniennes. Il est arrêté en février 1937, et soumis à partir de mars 1938 à l’un des plus spectaculaires « procès de Moscou » visant le « bloc antisoviétique des droitiers et des trotskystes ». Face au procureur Vychinski qui finira par le décrire comme « le produit maudit du croisement d’un renard et d’un porc » [5], Boukharine adopte un système de défense qui consiste à reconnaître sa responsabilité abstraite tout en la niant en pratique : « Je plaide coupable pour tous les crimes commis par cette organisation contre-révolutionnaire, indépendamment de la question de savoir si je connaissais son existence ou si j’ai participé directement à une de ses actions » [6]. Son biographe, Stephen Cohen, dresse un tableau élogieux de l’attitude de Boukharine durant son procès, mais la lecture d’une lettre adressée en 1937 à Staline jette le trouble car elle est assez hallucinante. Elle se termine ainsi : « Ma conscience est pure devant toi, Koba. Je te demande une dernière fois pardon (un pardon spirituel). Je te serre dans mes bras, en pensée. Adieu pour les siècles des siècles et ne garde pas rancune au malheureux que je suis » [7].

La seule manière d’interpréter cette reddition est le désir de Boukharine d’épargner des représailles à sa famille en faisant preuve de sa bonne foi. Cette lettre n’est cependant pas son véritable testament politique. Il se trouve dans sa Lettre à la génération future des dirigeants du parti qu’il demande à sa femme, Anna Larina, d’apprendre par cœur pour la transmettre, ce qui sera fait beaucoup plus tard. Il y exprime le vœu d’être lavé des accusations dont il a été l’objet qui sera exaucé avec sa réhabilitation en 1988, une manière de célébrer le centième anniversaire de sa naissance.

Mais Boukharine est également préoccupé par la sauvegarde de ses écrits de prison. Ils sont considérables puisqu’ils représentent quatre ouvrages, dorénavant disponibles en anglais : un roman autobiographique (How it All Began) ; un traité philosophique (Philosophical Arabesques) ; un essai sur le socialisme et sa culture, et un recueil de poèmes. Dans une lettre de 1937, il écrit à Staline : « J’ai écrit [les manuscrits de la prison] le plus souvent la nuit, les arrachant littéralement de mon cœur. Je vous prie ardemment de ne pas laisser ce travail disparaître (...) Cela n’a rien à voir avec mon sort personnel » [8] . Dans une autre lettre adressée à sa femme en 1938, mais qui ne lui parviendra qu’en 1992, il expliquait que ses Arabesques était à ses yeux le plus important de ses écrits de prison, un livre « dialectique du début à la fin » [9], une sorte de réponse doublement posthume aux reproches de Lénine dans son Testament.

La bureaucratie russe avait ceci de particulier qu’elle ne détruisait pas les documents et les archives, se contentant de les enfouir. Les écrits de prison de Boukharine seront conservés par Staline dans sa bibliothèque personnelle, puis dans les archives du Kremlin. Il faudra attendre 1992 pour qu’un proche du président Eltsine transmette une copie de ces manuscrits à la veuve de Boukharine et à Stephen Cohen, son biographe américain, qui en assurera l’édition. Ces trop brefs rappels ne rendent évidemment pas compte de la complexité de la vie d’un bolchevik, mue, dans toutes ses dimensions, par « une sorte de dialectique complexe d’espoir et de désespoir » (Sheehan 2005).

 Böhm-Bawerk, figure de proue de l’économie vulgaire

La cible principale du livre de Boukharine est l’économiste autrichien Eugen von Böhm-Bawerk et en particulier sa Théorie positive parue en 1889 (mais dont Boukharine cite une édition datant de 1912). Né en 1851, Böhm-Bawerk meurt en 1914, l’année même de la rédaction du livre de Boukharine. C’est un disciple de Carl Menger, l’un des fondateurs, avec Jevons et Walras, de l’école dite marginaliste.

Il faut ici esquisser un rapide survol de l’histoire de l’économie dominante, parce que Böhm-Bawerk n’est pas seulement un critique de Marx, et notamment de sa théorie de la valeur, mais prétend introduire une rupture avec l’économie qu’il qualifie lui-même de classique et dont le représentant principal est pour lui David Ricardo. Dans un article de présentation de l’école autrichienne, Böhm-Bawerk (1890a) part du principe que l’économie politique classique est obsolète. La raison n’est pas que sa méthode serait trop abstraite, comme le pense l’école dite historique [10]. Boukharine le rejoint d’ailleurs sur ce point en écrivant que toute théorie est abstraite, « en quoi le marxisme se trouve parfaitement d’accord avec l’école autrichienne ». Le reproche que Böhm-Bawerk adresse à la théorie classique est de contenir des erreurs « caractéristiques d’une science encore dans l’enfance ». Si on laisse de côté l’incroyable vanité de cette présentation, elle souligne les perturbations qui secouent alors l’économie dominante. Tout tourne autour de la théorie de la valeur et du profit tandis que plane sur l’économie politique l’ombre des économistes socialistes - dont Marx évidemment - mais aussi celle du mouvement ouvrier en plein essor.

La figure de proue de l’école classique est bien ciblée par Böhm-Bawerk : c’est Ricardo, dont les Principes d’économie politique ont été publiés pour la première fois en 1817. Le cœur de son approche repose sur la théorie de la valeur-travail, qui l’a emporté sur ses prédécesseurs et ses contemporains. Mais elle a le tort d’avoir été reprise par Marx qui s’en est emparée, l’a développée et en a tiré une théorie subversive de l’exploitation qui contribue au développement des idées socialistes et au renforcement de la social-démocratie, notamment en Autriche.

L’économie « vulgaire » (pour reprendre le terme de Marx) va alors s’efforcer de remettre en cause la suprématie de l’école ricardienne autour de deux axes critiques. Le premier consiste à opposer à la valeur-travail une théorie subjective de la valeur fondée sur l’utilité comme déterminant de la demande. Le second axe s’appuie sur les failles de l’analyse du profit de Ricardo.

 La théorie de la valeur

Toute l’histoire de l’économie politique peut se résumer en une oscillation entre la théorie de la valeur-travail et celle de la valeur-utilité, avec des variantes et des synthèses plus ou moins boiteuses. Le débat avait déjà opposé Ricardo à Malthus et Say. Ensuite, l’économie politique a été durablement dominée par une synthèse éclectique, commune à J.S. Mill et Marshall. Dans ses Principes d’économie politique, Marshall soutient ainsi que le coût de production et l’utilité déterminent conjointement la valeur et que, par conséquent, « discuter de leurs contributions respectives serait aussi stérile que de se demander quelle est des deux lames d’une paire de ciseaux celle qui coupe la feuille de papier ». Mais il confond les fluctuations à court terme de l’offre et de la demande avec la détermination à moyen terme des prix de production et se plait aussi à sauter d’analyses d’équilibre partiel (un marché pris séparément) à l’équilibre général (l’ensemble des marchés).

Sur la question de la valeur, Böhm-Bawerk adopte une position unilatérale qui fait des préférences des consommateurs le déterminant final de la valeur des marchandises : un bien vaut plus qu’un autre parce qu’il procure une utilité supérieure. C’est un pur retour aux conceptions préclassiques, contemporaines d’Adam Smith, et dont les représentants les plus systématiques sont deux abbés : un français, Condillac (1714-1780) et un italien, Galiani (1728-1787). Boukharine souligne d’ailleurs que Condillac « se rapproche de la manière moderne de poser la question » et c’est toujours vrai aujourd’hui, comme on peut en juger par ces définitions : « On dit qu’une chose est utile, lorsqu’elle sert à quelques-uns de nos besoins ; et qu’elle est inutile, lorsqu’elle ne sert à aucun, ou que nous n’en pouvons rien faire. Son utilité est donc fondée sur le besoin que nous en avons (...) La valeur des choses est donc fondée sur leur utilité, ou, ce qui revient au même, sur le besoin que nous en avons, ou, ce qui revient encore au même, sur l’usage que nous en pouvons faire (...) Or, puisque la valeur des choses est fondée sur le besoin, il est naturel qu’un besoin plus senti donne aux choses une plus grande valeur : et qu’un besoin moins senti leur en donne une moindre. La valeur des choses croît donc dans la rareté, et diminue dans l’abondance » (Condillac 1776).

Traduisez ces principes rigoureux en non moins rigoureuses équations, et vous avez votre première leçon de microéconomie telle qu’on l’enseigne aujourd’hui. Ses fondements datent de 1776, l’année où Adam Smith publiait sa Richesse des nations. On a là un bel exemple des circonvolutions de l’économie bourgeoise et une illustration de ce constat qu’il ne faut jamais oublier : les fondements de l’économie dominante contemporaine ne sont pas seulement prémarxistes, ils sont préclassiques.

L’essentiel de la critique de Boukharine porte sur cette tentative de refondation de Böhm-Bawerk. A vrai dire, il s’agit d’un véritable galimatias qui semble aujourd’hui complètement dépassé. Mais l’avantage de la présentation de Böhm-Bawerk est d’expliciter ses hypothèses et ses raisonnements. Et si l’on y réfléchit bien, ce sont, encore une fois, les mêmes que l’on retrouve aujourd’hui dans n’importe quel manuel de microéconomie. La grande différence réside dans l’appareil mathématique qui les enrobe, mais le point de vue du consommateur que Boukharine reproche tant à Böhm-Bawerk reste prégnant dans l’économie dominante contemporaine.

Si cette opposition valeur-travail valeur-utilité est commode, il faut cependant se garder d’une vision simpliste qui opposerait un marxisme ne s’intéressant qu’aux valeurs d’échange à une théorie néo-classique faisant jouer un rôle central à l’utilité. Chez Marx, valeur d’échange et valeur d’usage s’articulent de trois manières. Pour qu’une marchandise soit vendue, il faut d’abord qu’elle possède une valeur d’usage adéquate à la demande sociale solvable. Ensuite, les prix de marché fluctuent autour des prix de production : la loi de l’offre et de la demande explique ces écarts même si elle ne peut rendre compte du niveau des prix de référence.

Mais les valeurs d’usage importent, même dans le champ du marxisme, car les conditions de reproduction introduisent un troisième point d’application de la demande sociale. En effet, le bouclage des schémas de reproduction suppose une correspondance entre ce qui est produit et ce qui est consommé. Marx écrit par exemple que « pour qu’une marchandise puisse être vendue à sa valeur de marché, c’est-à-dire proportionnellement au travail social nécessaire qu’elle contient, la masse totale du travail social utilisée pour la totalité de cette sorte de marchandise doit correspondre à l’importance du besoin social existant pour cette marchandise, c’est-à-dire du besoin social solvable » [11]. Cette nécessaire adéquation entre la production et les biens concrets qui matérialisent les besoins sociaux vaut encore plus si on raisonne en dynamique. Il faut que la structure des besoins sociaux (solvables) évolue en adéquation avec l’offre, et pas seulement du seul point de vue de la masse de valeurs, mais aussi de la structure des valeurs d’usage qui « portent » cette valeur d’échange globale. Autrement dit, il faut que la structure de consommation soit compatible avec l’orientation de l’accumulation, et la reproduction d’ensemble induit par conséquent une dialectique entre production et consommation et Boukharine cite ce passage des Grundrisse de Marx : « Ce n’est pas seulement l’objet de la consommation, c’est aussi le mode de consommation que la production crée objectivement et subjectivement (...) Elle produit donc la consommation : a) en lui fournissant sa matière ; b) en déterminant le mode de consommation ; c) en suscitant chez le consommateur le besoin de produits, qu’elle a d’abord créés matériellement » [12].

 La question du profit

Ricardo s’est heurté à une difficulté fondamentale. Il n’a jamais réussi à concilier ces deux propositions : d’une part, la valeur d’une marchandise est proportionnelle au travail dépensé mais, d’autre part, il existe une tendance à la formation d’un taux de profit général. Selon la première assertion, le profit est proportionnel aux salaires ; mais la seconde implique que le profit doit être proportionnel au capital. Cela ne serait compatible que si le rapport entre le capital engagé et la masse salariale était le même dans toutes les branches de l’économie, ce qui n’est évidemment pas le cas. Marx a été confronté à ce même problème, dit de la transformation des valeurs en prix, et y a proposé sa solution dans le livre III du Capital qui ne paraîtra qu’en 1894, après la mort de Marx.

Entretemps, Engels avait défié les critiques de Marx d’anticiper sur la manière dont Marx traiterait cette difficulté, leur proposant même une sorte de concours [13]. Deux ans plus tard, Böhm-Bawerk publie sa critique (Zum Abschluß des Marxschen Systems) qui insiste sur l’impossibilité de passer de la théorie de la valeur du livre I à la théorie des prix de production du livre III. De nombreux critiques de Marx s’engouffreront dans cette brèche, tandis que les marxistes proposeront une large gamme de « solutions » qui tentent de rétablir la cohérence de l’analyse marxiste. On peut laisser de côté ce débat - que Boukharine n’aborde pas de manière centrale - pour examiner les tentatives d’opposer une autre théorie du profit à l’économie classique, dont est venu tout le mal.

Pendant plusieurs décennies, la théorie officielle du profit est au fond la théorie de l’abstinence, exposée par Nassau Senior dès 1836, et qui est synthétisée, si l’on peut dire, par cette proposition : « Il est évident que le Capital, ainsi défini, n’est pas un simple instrument de production ; il est dans la plupart des cas le résultat de la combinaison des trois instruments de production. Il faut qu’un agent naturel ait fourni les matériaux ; il faut en général qu’ils aient été détournés d’un usage improductif par un report de jouissance, et il faut en général aussi que du travail ait été employé à leur préparation et à leur conservation. Par le mot Abstinence, nous désignons cet agent, distinct du travail et de la nature, dont le concours est nécessaire à l’existence du Capital, et qui se trouve dans la même relation au profit, que le travail aux salaires » (Senior 1836).

Sur cette « théorie », le commentaire de Marx dans le livre I du Capital était déjà sans appel : « Rien qui vous donne comme cela une idée des « découvertes » de l’économie politique vulgaire ! Elle remplace les catégories économiques par des phrases de Tartuffe, voilà tout » [14] . Une page plus tôt, Marx cite d’ailleurs cette fière devise de Malthus, tirée de ses Principes d’économie politique : « Il est de la plus haute importance, de tenir séparées la passion pour la dépense et la passion pour l’accumulation ». Ce rappel a l’intérêt de souligner encore une fois la permanence de ces piètres apologies qui font du profit la juste rémunération de l’abstinence.

D’un point de vue plus théorique, on voit bien que cette ligne d’explication ne peut rendre compte de l’un des traits essentiels du capitalisme, à savoir la formation d’un taux général de profit. Il y a en effet des branches où il faut beaucoup d’« abstinence » pour obtenir un retour sur son capital, et d’autres très peu. Mais l’état de dégénérescence de l’économie dominante de l’époque apparaît dans le fait que cette pseudo-théorie tiendra le haut du pavé de génération en génération. En 1848, elle est reprise par John Stuart Mill dans ses Principes d’économie politique, considérés comme une synthèse (très éclectique) de l’économie classique. Quelques années plus tard, l’économiste majeur de l’époque est sans doute Alfred Marshall. La première édition de ses Principes d’économie politique date de 1890 et ils seront régulièrement republiés jusqu’à leur huitième édition de 1920. Et lui aussi reprend à peu près à son compte la théorie de l’abstinence.

La nouveauté introduite par Böhm-Bawerk, qui se défend par ailleurs de suivre Senior, consiste à remplacer l’abstinence par l’attente, en introduisant la notion de « détour de production ». C’est l’idée fondatrice de la théorie autrichienne du capital qui sera retravaillée, bien plus tard, par Hicks dans Le temps et le capital. L’idée est de mesurer le capital par la période de production, pendant laquelle il faut s’abstenir de consommer pour investir. Dans sa Théorie positive, Böhm-Bawerk prend l’exemple, devenu fameux, d’un paysan qui a le choix entre aller chercher de l’eau à la source chaque fois qu’il a soif, ou bien prendre le temps de construire un seau ou, mieux encore, une canalisation. Le capital équivaut donc au temps qu’il faut détourner d’une jouissance (consommation) immédiate pour investir. Et le profit, ou en l’occurrence l’économie de temps, rétribue cet effort et doit donc être proportionnel à la période de production. Cette robinsonnade est en soi absurde, parce qu’elle ne laisse aucune place à la nécessaire division du travail, certains allant chercher de l’eau pendant que d’autres fabriquent des seaux [15] .

Avec un tel fondement « microéconomique », on ne peut déboucher que sur une vision totalement déformée de la réalité. Pour Böhm-Bawerk, le point de départ est la « richesse accumulée » par la société. Ensuite, le tableau est à peu près le suivant : parmi les détenteurs de cette richesse, certains la consomment « par nécessité ou par prodigalité » et d’autres doivent la consacrer à assurer leur petite production. Mais, heureusement, le reste de la richesse - « et c’est de loin la majeure partie » - arrive sur le marché sous forme « d’avances de subsistance » versées sous forme de salaires. Et Böhm-Bawerk en déduit cette formidable apologie du capitalisme : « Il n’est rien dans la nature de l’intérêt [c’est-à-dire du profit, précise Boukharine] par quoi celle-ci puisse paraître par elle-même injuste ou inique ».

Une telle construction est redevable d’une double approche critique que Boukharine combine. Il y a d’abord une critique de la représentation de la société, composée non de classes, mais d’individus inégalement détenteurs de richesse. La théorie prend donc comme donnée cette répartition de la richesse (ce que Walras appellera « dotations initiales de facteurs ») et ce procédé scientifiquement illégitime permet de justifier la reproduction des rapports sociaux qui sont en somme rejetés en dehors du champ de l’économie politique. Il faut bien comprendre que la critique de ce type de théories nécessite un point de vue décalé par rapport à une posture résolument conservatrice, prenant l’ordre établi comme postulat. Mais cela ne dispense pas d’une critique que l’on pourrait qualifier d’interne consistant à décortiquer la construction proposée pour en montrer l’incohérence interne.

Böhm-Bawerk va plus loin que la plupart de ses prédécesseurs, en posant le principe d’une théorie de la productivité marginale du capital. En effet le détour de production est productif, en ce sens qu’il permet d’accroître la richesse. Le profit serait alors égal au « rendement » du détour de production, autrement dit de l’attente. Mais comment expliquer qu’il soit approprié par une classe de possédants ? On retrouve ici l’idée que leur existence est postulée et l’on tombe sur une tautologie : les capitalistes peuvent accaparer le profit pour la simple et bonne raison qu’ils disposaient au départ de fonds disponibles pour l’investissement. Le temps de Böhm-Bawerk tourne en rond. Mais il y a plus : certains capitalistes ne se contentent pas de s’abstenir de consommer, ils empruntent et servent alors d’intermédiaires pour les vrais « abstinents ». Pourquoi dans ce cas, obtiendraient-ils un profit pour leur propre compte ? Très logiquement, le jeu de l’offre et de la demande doit conduire à l’égalisation du taux de profit avec le taux d’intérêt, mais le taux de profit d’entreprise disparaît. Tel est l’un des grands problèmes de l’économie néo-classique dont Böhm-Bawerk est un précurseur.

L’approche de Böhm-Bawerk anticipe sur les théories néo-classiques du capital, et c’est même une tentative assez habile dont Kaldor soulignera l’intérêt : « L’objectif de l’approche en période de production est de réduire la fonction de production à deux variables, en substituant l’attente à l’ensemble des services des facteurs, le taux d’intérêt étant le prix de l’attente. C’est de cette façon seulement que le capital peut être traité comme un facteur de production commensurable avec le travail » (Kaldor 1937).

Malheureusement, ce projet n’est pas réalisable. Böhm-Bawerk calcule sa période moyenne de production comme une moyenne des différentes durées d’immobilisation. Il raisonne implicitement avec un taux d’intérêt simple et oublie ainsi qu’un capital immobilisé doit rapporter chaque année le taux de profit moyen selon une formule comparable à celle des intérêts composés. Cette erreur signalée par Wicksell (1901) peut paraître bénigne. Ses implications sont pourtant considérables : quand on utilise la formule correcte avec intérêts composés, la période de production - donc la mesure du capital - n’est plus indépendante du taux d’intérêt.

Plus fondamentalement, cette construction échoue à articuler synchronie et diachronie, en oubliant la simultanéité des processus de production. C’est une difficulté que rencontre toute théorie du capital et on la retrouve aussi dans le débat sur la transformation des valeurs en prix. Sur ce point, l’échec de Böhm-Bawerk est visible. Il suffit de consulter les tableaux que Boukharine commente dans le chapitre V de son livre : les différents processus de production sont décalés dans le temps alors que dans la réalité ils se déroulent de manière simultanée comme le rappelle Boukharine qui s’appuie ici sur Rodbertus. Il y a là un obstacle fondamental que rencontreront tous les néo-classiques et qui est l’impossibilité d’analyser la reproduction du capital dans un cadre d’équilibre général. De ce point de vue, on peut affirmer qu’il ne peut y avoir de théorie du capital compatible avec la microéconomie standard.

Ceci met à bas la prétention (et la nécessité) pour la théorie néo-classique de mesurer un volume de capital dont la productivité marginale détermine la rémunération, indépendamment de la répartition des revenus ou du taux d’intérêt. C’est ce que Solow (1963) aura plus tard la lucidité de reconnaître : « Il n’y a aucune raison de supposer que l’on puisse définir un objet appelé ’capital’ qui résumerait en une grandeur unique toute une série de faits concernant les décalages dans le temps, les périodes de gestation, les stocks de matériaux, les produits semi-finis, les marchandises en cours de production, les machines anciennes ou nouvelles, les bâtiments à durée de vie différente, ou les améliorations plus ou moins permanentes apportées aux terres cultivable. Seul un naïf qui ramènerait les multiples aspects de la production capitaliste à un seul d’entre eux peut croire à la possibilité théorique de définir quelque chose qui s’appellerait ’capital’ dont le taux d’intérêt serait « sa » productivité marginale ».

Bref, Böhm-Bawerk - et à sa suite toute l’école marginaliste - échoue à fonder théoriquement la vision du monde du rentier où le « capital » est une source autonome de création de richesses et où il suffit de disposer de fonds pour en retirer sa part légitime, à partir du moment où les désirs des consommateurs sont satisfaits. Encore une fois, la critique de Boukharine a le mérite d’articuler critique interne-technique et critique externe-sociologique : il sait gratter derrière les à-peu-près de la modélisation pour faire apparaître l’intention apologétique et le point de vue de classe.

 Critiquer l’économie vulgaire d’aujourd’hui

La lecture de L’économie politique du rentier n’est donc pas un voyage dans un passé révolu. Aujourd’hui, l’économie vulgaire domine la scène, encore plus qu’il y a un siècle, au-delà des supposés progrès de la science économique. Et sa méthode est pour l’essentiel la même, fondée sur ce triptyque : individualisme méthodologique, instrumentalisme, et référence axiomatique à l’équilibre, pour reprendre l’analyse de Arnsperger et Varoufakis (2006). L’intérêt de la référence à Böhm-Bawerk est de se situer au moment où s’enclenche une bifurcation importante dans l’histoire de l’économie, celle qui consiste à introduire une césure fondamentale entre microéconomie et macroéconomie. Il y en aura beaucoup d’autres et l’économie dominante est caractérisée aujourd’hui par une dispersion méthodologique et thématique qui en rend la critique d’ensemble très difficile.

Arnsperger et Varoufakis (2005) ont raison d’expliquer que : « les néo-classiques ont brillamment réussi à tisser une toile d’explications imbriquées pour toutes sortes de phénomènes et à les vendre grâce à leurs faiblesses théoriques et non malgré elle ». L’économie dominante n’est en effet pas cohérente, mais cela lui permet de développer des réponses locales à ses difficultés. Par exemple, le chômage ne peut exister dans la théorie pure (celle de la première année de licence). Qu’à cela ne tienne : « la notion de chômage naturel a été créée pour expliquer l’échec du marché à conduire au plein emploi, et celui de l’économie à expliquer cet échec ».

Si l’économie réelle ne fonctionne pas selon les canons de la théorie, c’est parce qu’elle est empêchée de le faire : le chômage est le symptôme d’une concurrence insuffisante « qui doit être combattue par la magie de la déréglementation. Si celle-ci ne fonctionne pas, plus de privatisation fera l’affaire. Si cela échoue, ce doit être la faute du marché du travail qui n’est pas suffisamment libéré de la pression syndicale et des prestations sociales. Et ainsi de suite ».

Quant à l’économétrie, qui est par excellence le dispositif « expérimental » de la science économique, elle ne sert pas à « tester les méta-axiomes néo-classiques (qui ne sont pas empiriquement falsifiables). C’est plutôt la recherche laborieuse de formes réduites qui s’ajustent aux données et, en même temps, valident un modèle fondé sur ces méta-axiomes ».

La critique de l’économie dominante contemporaine implique d’abord de remettre l’exigence théorique au premier plan, en rejetant notamment le principe selon lequel la formalisation mathématique en tiendrait lieu. Il faut briser le processus de reproduction idéologique ainsi décrit par Joan Robinson (1953) : « On apprend à l’étudiant en économie à écrire Q=f(L,C) où L est une quantité de travail, C une quantité de capital et Q un taux de production de marchandises (...) puis on passe très vite au point suivant, dans l’espoir qu’il oubliera de demander en quelle unité C est mesuré. Avant même qu’il ne pense à poser la question, il est devenu professeur, et c’est ainsi que des formes de pensée peu rigoureuses se transmettent d’une génération à l’autre ».

Il faut donc comprendre aussi comment se reproduit cette domination et analyser au plus près les raisons de l’adéquation spontanée du paradigme néoclassique à l’apologie du capitalisme (Husson 2003). Elles ne renvoient pas forcément, et sans doute de moins en moins, à une intention délibérément apologétique de la part des économistes dominants qui sont probablement convaincus de l’objectivité scientifique de leurs recommandations (par exemple supprimer le salaire minimum).

En fin de compte, la grande leçon du livre de Boukharine est condensée dans cette phrase : « Ce n’est donc pas l’attente, mais la monopolisation des moyens de production (dont celle du sol) par la classe des propriétaires capitalistes qui fonde la dépendance économique ainsi que le phénomène du profit. Mais la théorie de l’attente masque le caractère historique des rapports modernes, la structure de classe de la société moderne et le caractère de classe du profit ». La critique de l’idéologie économique est donc nécessaire, y compris sous ses aspects techniques, mais elle doit avant tout remettre en cause la représentation (ou plutôt la négation) des rapports sociaux capitalistes qui en est le fondement essentiel.

 Références

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Cet avant-propos à L’économie politique du rentier de Nicolas Boukahrine a été originellement publié en juillet 2009 sur le site de Michel Husson : http://hussonet.free.fr/boukaweb.pdf

Notes

[1Ce serait néanmoins une erreur. Ainsi l’étude de l’histoire des mathématiques permet de mieux comprendre les concepts à travers leur généalogie. se dispenser d’une telle lecture

[2Karl Marx, Le Capital, Livre III, tome.2, chap.24, Editions sociales, 1959, p.56-57.

[3Karl Marx, Le Capital, Livre III, tome 2, chap.23, Editions sociales, 1959, p.42.

[4idem.

[5cité par Stephen Cohen (1979).

[6idem

[7Boukharine, Lettre à Staline.

[8cité par Stephen Cohen dans son introduction à How It All Began.

[9cité par Helena Sheehan (2005).

[10Sur la question de la méthode, Böhm-Bawerk se situe dans la lignée de Carl Menger (dont il a été l’étudiant). A partir de 1883, une controverse épistémologique a opposé Menger à l’école historique allemande, emmenée par Gustav von Schmoller. Cette « querelle des méthodes » (Methodenstreit) - à laquelle Boukharine fait référence dans son introduction - peut être interprétée comme un débat sur la meilleur manière de « dépasser » l’école classique : par la formulation d’un nouveau paradigme théorique ou par un déplacement vers l’investigation historico-statistique. On peut par ailleurs signaler un autre débat, qui oppose Carl Menger aux tenants de la mathématisation de l’économie, comme Jevons ou Walras.

[11Karl Marx, Le Capital, Editions sociales, tome 6, p.207.

[12Karl Marx, Fondements de la critique de l’économie politique, Editions Anthropos, 1968, tome 1, p.21.

[13voir la préface d’Engels au livre III du Capital. Pour un récit détaillé, voir Howard et King (1989), chapitre 2.

[14Karl Marx, Le Capital, Livre I, tome.3, chap.24, Editions sociales, 1950, p.37.

[15Böhm-Bawerk n’envisage pas non plus le cas d’un paysan rationnel qui irait construire son seau au bord de l’eau.

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