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Une guerre des monnaies ?

Ce thème a fait l’objet d’un exposé-débat au groupe ATTAC de Charleroi, le 21 février 2011. L’article ci-après a été publié à l’origine sur le site de la revue Toudi à l’adresse : http://www.larevuetoudi.org/fr/story/une-guerre-des-monnaies

Yves de Wasseige
Article mis en ligne le 26 avril 2011

 Rappels théoriques et historiques

Des qu’il y a eu des échanges entre les peuples et entre les gens, la nécessité pratique d’une monnaie est apparue étant donné les difficultés liées au « troc ». Le troc est l’échange d’une marchandise contre une autre marchandise.

La monnaie remplit trois fonctions :
- intermédiaire dans les échanges,
- étalon de la valeur d’échange,
- réserve de pouvoir d’achat.

Assez rapidement les pièces d’argent et d’or ont rempli les fonctions de la monnaie car elles possédaient une forte valeur sous un faible poids et elles étaient stables dans le temps et difficilement falsifiables. Les changeurs pesaient les pièces sur une petite balance qu’on appelait « trébuchet ».

Les pièces de monnaie étaient frappées par les princes, rois ou empereurs et portaient souvent leur effigie. On dit que battre la monnaie est un « droit régalien », c’est-à-dire appartenant en propre à l’autorité régnante. Mais les princes faisaient parfois frapper des pièces contenant un peu d’un autre métal que l’or : le poids d’or ne correspondait plus à la valeur faciale. Le « titre » d’une pièce se rapporte à la pureté du métal.

Les marchands accumulaient dans leurs coffres, principalement dans les ports où arrivaient les marchandises précieuses ou recherchées venant de pays lointains : la soie, les perles, les porcelaines, les épices, les vins, par exemple. Ils ont pris l’habitude pour éviter les risques de vol ou de perte lors de transferts vers d’autres marchands de signer ce qu’on peut appeler des certificats de dépôt et d’échanger ces certificats plutôt que les pièces d’or et d’argent. Une nouvelle forme de monnaie était née : la « monnaie fiduciaire » parce qu’elle était basée du la confiance. C’est l’origine des billets de banque. Les premiers billets ont été émis par un banquier suédois en 1645.

Avec la monnaie est apparu aussi le « crédit », Le crédit est une autorisation de dépenser sans disposer au préalable de monnaie ; le plus souvent le crédit est assorti du paiement d’un intérêt. Au cours des dernières décennies le crédit s’est fortement développé et diversifié.

Quand les dynasties régnantes ont petit à petit été contraintes à accepter un certain contrôle de la part de citoyens élus, ce furent les classes économiquement dominantes qui jouèrent ce rôle. La création et la mise en circulation de la monnaie deviennent la fonction d’une Banque nationale, unique dans chaque pays et agissant en liaison avec le pouvoir politique. Le Banque d’Angleterre, fondée en 1694, devint ainsi la première banque centrale qui a existé. Elle continue encore à assurer cette fonction.

Les billets de banque représentaient un certain poids d’or fin. En principe les billets étaient convertibles en or, chacun pouvant échanger ses billets contre le poids d’or correspondant. La banque gardant dans ses coffres une quantité d’or en garantie, mais elle émettait davantage de billets que son encaisse or, toute le monde ne demandant pas simultanément la conversion des billets en or.

La Banque centrale agit sur deux grandeurs : la quantité de monnaie mise en circulation et le taux d’intérêt qu’elle fixe pour les prêts de sa monnaie. La Banque centrale est, en effet, le « prêteur en dernier ressort » pour les banques privées commerciales. Ce taux d’intérêt, appelé parfois « taux directeur » oriente le crédit que les banques privées font aux entreprises et aux particulier (crédit hypothécaire, crédit à la consommation, crédit de caisse, etc.). Les banques privées ne fixeront pas un taux d’intérêt inférieur au taux directeur de leur Banque centrale ; en effet, si elles doivent se refinancer elles feraient alors une perte.

En tenant un taux d’intérêt fort bas, la banque centrale permet aux banques privées et aux organismes spécialisés comme des sociétés de crédit hypothécaire de pratiquer également de bas taux d’intérêt, ce qui leur permet d’avoir davantage de clients.

Une baisse du taux d’intérêt de la banque centrale favorise, donc, l’activité économique et dès lors aussi l’emploi. Mais elle doit surveiller l’inflation : si les prix s’emballent parce qu’on est proche du plein emploi, la banque centrale doit augmenter son taux d’intérêt pour freiner l’activité économique. Elle doit - ou devrait -aussi surveiller l’endettement des ménages pour éviter des engagements trop importants de banques commerciales et des sociétés de crédit.

La quantité de monnaie mise en circulation et le taux d’intérêt jouent un rôle économique important ; cependant un autre facteur intervient : la « vitesse de circulation de la monnaie ». Si la vitesse de circulation (de la monnaie mais aussi du crédit) augmente, cela signifie qu’à quantités égales de monnaie le volume des transactions augmente ou inversement si la vitesse de circulation diminue. Ce facteur joue un rôle plus important lorsqu’une méfiance s’établit à l’égard de la monnaie ou lorsqu’on se trouve en présence de hausses répétées des prix de certaines marchandises.

Une monnaie reconnue officiellement par le pouvoir (Roi, État) possède un « pouvoir libératoire ». Cela signifie qu’un débiteur peut se libérer de sa dette en payant à son créancier le montant de sa dette à son égard mais aussi que le créancier est obligé d’accepter ce paiement et ne peut obliger le débiteur à une autre forme de remboursement.

Comme l’argent a été pendant très longtemps la monnaie de référence qui circulait, le langage courant a baptisé le mot « argent » comme signe d’un pouvoir d’achat ; on dit couramment « j’ai de l’argent ».

 Les systèmes monétaires

- monométallisme et bimétallisme

La pièce d’or est le seul étalon monétaire. Des pièces d’argent ou d’autres alliages peuvent aussi circuler comme « monnaie divisionnaire » dans les échanges de biens de faible valeur mais elles n’ont pas de pouvoir libératoire.

Dans le cas du bimétallisme, or et argent sont des étalons monétaire dont le rapport or/argent est défini par l’autorité. La difficulté rencontrée est le maintien effectif de ce rapport : il arrive que les gens préfère l’or plutôt que l’argent, la circulation des pièces d’or se raréfie parce qu’elles sont thésaurisées. L’or comme l’argent sont aussi des matières commercialisables et utilisées notamment par les orfèvres pour des bijoux, des bagues ou des pièces telles que des calices, des vases, des couverts, etc. Le rapport des prix commerciaux entre or et argent fluctue et ne reste pas stable. La production d’or et d’argent intervient aussi dans l’évolution de ce rapport des prix.

L’Angleterre a été la première à choisir l’or comme unité monétaire.
Le bimétallisme a existé dans la plupart des pays, notamment aux États-Unis depuis 1792 où il n’a fait place au monométallisme or qu’en 1900
Le bimétallisme existait en Belgique comme en France. Le rapport or / argent est normalement 1/15,5. Comme il fluctue, tantôt l’or fait prime, tantôt l’argent, puis de nouveau l’or et ensuite l’argent, avec des alternances de 6 à 15 ans. Quatre pays (France, Belgique, Italie, Suisse) forment l’Union monétaire latine en 1865 avec l’ambition de stabiliser le rapport entre l’or et l’argent. A cet effet, des mesures sont prises, principalement supprimer la libre frappe des pièces d’argent, la frappe étant réservée aux Gouvernements et supprimer le pouvoir libératoire illimité des pièces d’argent sauf la pièce de 5 francs.

Lorsque les cours du métal argent diminuent fortement, une spéculation via la pièce de 5 francs, permet d’obtenir de l’or à bon compte. La libre frappe des pièces de 5 francs est suspendue en 1873 et sa frappe limitée puis suspendue définitivement en 1878. Une nouvelle convention de l’Union latine à laquelle s’est jointe la Grèce étend, la même année, la suspension de la frappe de la pièce de 5 francs à tous les pays. Le bimétallisme a disparu dans les faits mais la pièce en argent de 5 francs a continué à jouir d’un pouvoir libératoire illimité.

L’Empire allemand constitué en 1870 a adopté le monométallisme or.

A la fin du 19ème siècle on se trouve entre deux groupes de pays, les uns ayant adopté le monométallisme or et les autres le monométallisme argent. Parmi ces derniers l"Inde et la Chine. Mais l’argent ne cesse de se déprécier par rapport à l’or et l’Inde passe progressivement à un monométallisme or. Les pays monométallistes or sont économiquement les plus puissants et le monométallisme argent disparaît dans les faits. On passe d’ailleurs à un autre système monétaire.

- le billet de banque convertible en or : l’étalon or

Les reçus ou billets des marchands ou des orfèvres ont circulé depuis fort longtemps mais ils étaient nominatifs. Par la suite ils se sont échangés, le nouveau propriétaire reprenant les droits de l’ancien.
Le billet de banque convertible en or a été inventé pour la première fois en Suède par une banque privée. Par après, les États ont créé leur Banque nationale qui ont émis des billets convertibles en or. L’État définissait l’unité monétaire (le franc, la livre, le dollar,...) par un certain poids d’or et la Banque nationale émettait des billets de différentes coupures et conservait une réserve d’or en garantie. Celle-ci était inférieure à la quantité de billets en circulation car tous les détenteurs de billets ne demandaient pas le remboursement en or tous en même temps.

- la monnaie de papier

Notamment pendant les périodes de guerre, les États gardent les réserves d’or pour faire face aux dépenses militaires ; circulent alors des billets qui ne sont plus convertibles, la convertibilité étant suspendue, voire supprimée. On aussi connu des cas d’émissions de billets sans aucune référence à une quantité d’or, émis sous la seule caution de l’autorité.

- l’étalon or de change

En 1944, les démocraties alliées se réunissent à Bretton Woods en Angleterre et adoptent le dollar convertible en or comme étalon de toutes les monnaies des pays partenaires, en fait le monde capitaliste à cette époque. Chaque pays via sa banque centrale devait maintenir le taux de change de sa monnaie dans une marge étroite autour de sa parité par rapport au dollar. Le Fonds monétaire international était créé pour assurer cette stabilité ; il pouvait accorder des prêts à des pays momentanément en difficulté. Chaque pays partenaire devait déposer une certaine quantité de sa propre monnaie de manière à assurer un fonds de garantie au FMI.

Maintenir le taux de change suppose, évidemment, que la balance des paiements du pays soit en équilibre. La balance des paiements est la différence entre les paiements faits vers l’extérieur et les paiements reçus de l’extérieur ; il s’agit des importations et exportations mais aussi des mouvements de capitaux.

Dans l’ensemble, ce système a bien fonctionné jusqu’en 1971. La guerre du Viêt-Nam et la politique économique intérieure ont provoqué un profond déséquilibre de la balance des paiements des États-Unis d’Amérique, entraînant une méfiance à l’égard du dollar et certains pays demandaient l’échange en or des dollars qu’ils possédaient. Cette spéculation a provoqué la décision de suspendre la convertibilité du dollar en 1971 et la décision de laisser « flotter » le dollar par rapport aux autres monnaies en 1972. Le système de l’étalon or de change avait vécu.

- les taux de changes fluctuants : la « régulation par le marché »

C’est la situation actuelle depuis la fin du système d’étalon or de change. Pour se prémunir des fluctuations entre les monnaies européennes, celles-ci ont constitué pendant un temps un « flottement concerté ». qu’on a appelé « le serpent monétaire ». Ensuite, est venu le projet de « monnaie unique » dont la phase préparatoire au passage à l’euro a duré plusieurs années.

Les taux de changes fluctuants ont été facilement acceptés par la plupart des pays, l’influence du néolibéralisme y a contribué en accréditant l’idée que les marchés sont capables d’assurer la meilleure régulation.

 Une guerre des monnaies ?

Tant qu’on se trouvait dans un système monométallique or, d’étalon or et ensuite d’étalon or de change, il n’y a pas eu de « guerre des monnaies » principalement parce qu’il existait une monnaie dominante, la livre sterling au 19ème siècle et le dollar à partir de 1944.
L’entre-deux-guerres a été caractérisé par une instabilité monétaire dans la plupart des pays à économie de marché parce qu’il n’y avait pas une économie dominante et, donc, pas de monnaie dominante : le dollar et la livre sterling étant en compétition.

Une guerre des monnaies devient inévitable lorsqu’il n’existe plus de monnaie dominante dans un système où l’or ne joue plus de rôle de référence.

- un monde unipolaire

Du fait de la puissance économique des États-Unis d’Amérique, le dollar s’est imposé comme monnaie dominante dans de très nombreuses transactions internationales : le blé coté à Chicago, le pétrole à New York, des très nombreuses matières premières se traitent en dollars, même si les cotations se font à Londres comme l’aluminium, le pétrole (Brent), cuivre, étain, nickel, plomb, zinc. Londres est restée une place financière de première importance.

Les multinationales américaines (USA) très puissantes dans de nombreux secteurs comme le pétrole, la chimie, les médicaments, les produits cosmétiques, l’alimentation (Coca-Cola et autres), ... contribuent, évidemment, à la domination du dollar.

- une guerre des monnaies

L’hégémonie du dollar est désormais contestée même s’il continue à remplir une fonction très importante.

Depuis des années, la balance des paiements des États-Unis d’Amérique est déficitaire pour deux raisons :

- d’une part le budget de l’État est en déficit systématique en raison notamment des dépenses militaires d’une grande puissance qui tient à sa présence partout dans le monde,

- d’autre part, par la politique de la Réserve fédérale (FED) qui maintient un taux d’intérêt fort bas, pour soulager les emprunts publics (intérêts sur les obligations d’État) et surtout pour favoriser le maintien de la croissance et éviter le plus possible le chômage.

Des quantités de dollars circulent, donc, dans le monde.

Jusqu’à présent, cela ne s’est pas traduit par une baisse du dollar parce que la puissance économique montante de la Chine absorbait ces dollars, la banque centrale chinoise accumulait des réserves en dollars pour garantir sa propre monnaie en expansion. Servant de garantie à la banque, la Chine n’avait aucun avantage à ce que ses réserves de changes diminuent de valeur. C’est pourquoi les autorités chinoises ont lié le cours de leur yuan à celui du dollar.

Cela fait parfois dire en raccourci que ce sont les chinois qui paient les pensions des américains en soutenant de cette manière les fonds de pensions américains.

- vers un monde multipolaire

Le dollar reste encore hégémonique avec 85 % des transactions mondiales de changes et 62 % des réserves mondiales des banques centrales. Mais son hégémonie commence à être contestée dans les faits.

La montée des pays émergents Brésil, Inde,Chine (les BRIC) mais aussi d’autres pays dans leur orbite, augmente de façon considérable les échanges commerciaux tant pour les matières premières et notamment les produits énergétiques que pour les produits finis. La Chine est devenue un des principaux pays exportateurs et l’Inde s’est fait une spécialité dans les services informatisés.

L’euro, créé par les principaux pays de l’Union européenne et aujourd’hui adopté par 17 pays européens tandis que plusieurs autres sont en phase d’adhésion, apparaît comme une monnaie figurant dans les réserves des banques centrales.

Les États-Unis d’Amérique et les pays européens ont été confrontés à une crise financière résultant des risques pris par les crédits hypothécaires aux États-Unis et la crise bancaire qui s’en est suivie.

Pour sauver le système bancaire et finalement les avoirs des particuliers et des entreprises, les États ont été obligés de soutenir les banques privées en y apportant des capitaux et des garanties. La crise bancaire a provoqué une crise économique et des déficits publics importants.
Ces pays ont été pris dans un dilemme :

- soit soutenir l’activité économique par des plans de relance, ce qui fut fait dans un premier temps, mais en accentuant les déficits publics,

- soit pratiquer une politique d’austérité budgétaire, mais en acceptant la montée du chômage, ce qui s’est fait dans un second temps.

Certains pays, la Grèce d’abord, l’Irlande ensuite, voyaient monter les taux exigés par les marchés pour souscrire leurs émissions d’obligations. Cette méfiance a entraîné des menaces sur l’euro au point que les pays européens ont été obligés de mettre sur pied un plan d’aide aux pays européens en difficultés. Mais cette aide a été assortie de contraintes sur les pays pour réduire leur endettement, d’où des programmes d’austérité sévères. D’autres pays à la limite, le Portugal et l’Espagne ont adopté d’initiatives mais sur recommandations de leurs partenaires de telles politiques d’austérité.

L’Allemagne dont l’économie se porte bien cherche à imposer son modèle aux autres pays européens en proposant un « pacte de compétitivité » : austérité budgétaire, maîtrise des hausses salariales, suppression de l’indexation des salaires, développement de la recherche - innovation. Les autres pays rechignent à entrer dans cette voie car leurs structures économiques sont fort différentes de celles de l’Allemagne.

Les États-Unis ont conservé une politique de relance mais moins affirmée, le chômage étant redouté comme un risque social à éviter. La conséquence est un état latent de méfiance à l’égard du dollar.

Les grands pays développés sont tous à la recherche d’une croissance en raison du chômage important en Europe principalement et en raison de la nécessité d’augmenter les recettes fiscales sans pour autant peser ni sur la consommation des ménages, ni sur les investissements des entreprises tout en étant contraint à des politiques d’austérité. La croissance ne peut venir que de leurs exportations. On est entré dans une guerre larvée des monnaies entre les grandes zones économique : États-Unis d’Amérique, Europe, Chine, Inde, Brésil.

La Chine ayant des bas salaires et une maîtrise technologique forte est devenue le principal pays exportateur, les pays développés y faisant fabriquer nombre de leurs produits nécessitant une main d’œuvre importante : vêtements, jouets, appareils électroniques, par exemple. Le maintien du yuan à un taux relativement peu élevé lui assure ses débouchés.

Les États-Unis en particulier réclament de la Chine qu’elle laisse monter sa monnaie par rapport au dollar. Mais l’Europe est aussi concernée. Chacune des grandes zones économiques voudrait faire baisser sa monnaie par rapport aux autres afin de soutenir sa croissance.

Le dollar reste encore la monnaie dominante : 85 % des transactions mondiales de changes et 62 % des réserves des banques centrales.

 Quelle autre monnaie se profile-t-elle comme dominante ?

Trois monnaies peuvent théoriquement s’affirmer : le yen ou renminbi (Japon), le yuan (Chine) et l’euro (Union européenne) face au dollar (États-Unis d’Amérique). On trouve ainsi les quatre plus grandes zones économiques mondiales et au commerce international développé.

Le yen japonais est hors course car l’économie japonaise, même encore fort importante, est en récession depuis environ 20 ans et peine à retrouver une croissance. Restent alors le yuan et l’euro.

-  le yuan chinois

La Chine a noué des accords commerciaux avec ses voisins d’Asie, elle assure de fait un rôle important. En outre, la Chine a accumulé des réserves de devises pour un montant de 2.450 milliards de dollar, soit 30 % du total mondial et 50 % de son propre PIB. On comprend l’importance que ces deux grands pays, États-Unis et Chine, accordent au taux de change de leurs monnaies. Le yuan n’est pas convertible, sauf à Hongkong, ce qui n’en fait pas une monnaie internationale : à peine 1 % des échanges avec la Chine sont financés en yuan (renminbis)

Hongkong est un territoire particulier. Possession anglaise depuis 1842, cette île au sud-est de Canton (Chine) est un important port industriel de transit. En vertu d’un accord de 1984, le territoire a été rétrocédé à la Chine en 1997. La ville est sous une administration spéciale de la Chine et deux monnaies y circulent les dollars de Hongkong et les yuan chinois (renminbis). Selon une loi de 2009, quelques entreprises chinoises ont été autorisées à adresser leurs factures libellées en yuan pour leurs fournisseurs étrangers ; elles sont aujourd’hui 70.000.

La Chine vient d’émettre à Hongkong des obligations d’État en yuan : il existe désormais du yuan « off shore ». Cela apparaît comme un premier pas de la Chine vers une internationalisation de sa monnaie.

Une des principales banques mondiales est la "Hongkong Shangai Banking Corporation (HSBC) dont le siège qui était à Hongkong a été transféré à Londres en 1990 mais son directeur général est à Hongkong. HSBC ; elle possède des filiales dans de nombreux pays ; elle opère partout dans le monde.

- l’euro de l’Union européenne

De très longue date les pays partenaires de l’euro ont un commerce international fort développé : France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, Espagne, Portugal, Grèce,...Les échanges intra européens sont, évidemment simplifiés entre pays de la zone euro puisqu’il n’existe désormais plus de problème de change entre eux.

La Banque centrale européenne (BCE) a été créée en 1998 ; l’euro est entré en fonction au premier janvier 1999. La BCE a pour mission unique de veiller à la stabilité de l’euro. Elle n’a pas, contrairement à la « Federal Reserve » (FED), la banque centrale des États-Unis d’Amérique, de veiller aussi à la croissance économique. La Fed peut, donc, pratiquer une politique keynésienne de stimulation de l’économie, des investissements et de la consommation ; ce que ne peut pas faire la BCE.

L’union européenne s’est bâtie sur la notion de « marché », au départ entre les six pays belligérants de la guerre 14-18 et 39-45 : France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas et Grand Duché de Luxembourg dans l’idée de « plus jamais la guerre ». Dans l’esprit des fondateurs, la création d’un marché allait petit à petit entraîner la création de liens politiques. La première création fut la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l’Acier) en 1952 ensuite l’Euratom (énergie atomique) en 1957 Ensuite le Traité de Rome a créé la Communauté économique européenne (CEE) qui faisait des pays signataires une seul marché, supprimant les droits de douane entre eux pour tous les produits et créant des droits de douane communs à l’entrée des produits vers la CEE. A ce moment également la Commission européenne est créée comme base d’une administration mais les pouvoirs de décision appartiennent au Conseil européen formé des États membres où siègent les Ministres de chaque Gouvernement. A cette date est aussi formée la Cour européenne de justice et le parlement européen.

En 1965, ces trois piliers (CECA, Euratom et CEE) ont fusionné pour donner les « Communautés européennes » (CE). L’acte unique européen en 1986 élargit les pouvoirs des Communautés qui deviennent en 1997 l’Union européenne par le Traité d’Amsterdam. Le Traité de Maastricht a instauré l’euro comme monnaie unique en 1998 mais le Royaume Uni, la Suède, le Danemark et l’Islande n’ont pas adopté l’euro et ont gardé chacun leur monnaie

Au plan politique, il n’existe que le Traité de l’Elysée qui scelle un accord entre la France et l’Allemagne pour poursuivre la construction européenne (1957)

L’évolution de la construction européenne a été fortement influencée par le néolibéralisme (ultralibéralisme) : confiance absolue à la régulation par les marchés et aux effets bénéfiques de la concurrence. D’où l’interdiction aux États d’aider les entreprises, privatisation des services publics pour favoriser la concurrence, limitation du déficit budgétaire à maximum 3 % du PIB et de la dette publique à 60 % du PIB.

La politique économique est laissée à chaque État dans les limites indiquées ci-dessus. Les États se sont engagés simultanément dans deux voies : austérité budgétaire et compétitivité des entreprises. Il fallait, en effet, contenir voir réduire le déficit budgétaire et d’autre part réduire le chômage en encourageant la compétitivité des entreprises. L’Allemagne se pose en chef de file de cette tendance en vantant ses succès économiques sur le plan international et propose un « pacte pur la compétitivité » dont les points forts sont la suppression de l’indexation automatique des salaires, une uniformisation de l’impôt sur les sociétés, un ajustement des système de pension. Les partenaires européens sont pour le moins réticents, sauf le Président français.

La situation économique de l’Union européenne ne présente pas une grande cohérence, d’autant plus que quelques pays importants ne font pas partie de la zone euro. D’ailleurs, l’Union européenne ne dispose que d’un très faible budget qui ne lui permet pas de mener des politiques économiques ou sociales.

La Banque centrale européenne (BCE) est autonome ; elle ne peut recevoir de directives ni de la Commission européenne ni du Conseil européen.

Même si l’ensemble des banques centrales européennes disposent de 27 % des réserves mondiales de change et bien que le poids économique des pays de l’Union européenne ou de la zone euro soit important, l’euro ne pourra pas s’affirmer comme monnaie dominante pour les raisons évoquées. Le problème est politique plutôt qu’économique ou monétaire..

 A la recherche d’un nouvel ordre international

1. Le retour à un étalon or ou un étalon or de change est impossible : il n’existe pas assez d’or par rapport au volume des transactions. Il faut savoir que le volume des transactions de change atteint 4.000 milliards de dollars chaque jour. Ces transactions se font par un système informatique le centre étant le « Foreign Echange » baptisé « Forex ». situé à Londres en dépendance de la Banque d’Angleterre. Mais il est interconnecté avec les grandes places financières Tokyo, New York, Singapour, la Suisse de sorte que le marché fonctionne sans arrêt étant donné le décalage des fuseaux horaires. Les banques, les organismes financiers, les compagnies d’assurances, les fonds spéculatifs, les banques centrales interviennent sur ce marché qui finalement traite un nombre relativement limité de monnaies, une quinzaine environ. Nombre de ces organismes ont programmé des ordinateurs qui opèrent directement sur ces marchés sans intervention humaine et dans un temps record de plusieurs milliers d’opérations par seconde.

2. Certains économistes voient une solution dans la constitution de zones monétaires à l’intérieur desquelles les pays s’accorderaient pour maintenir leur monnaie autour de parités fixes entre elles. Ce serait un peu ce qu’ont faite les monnaies européennes dans le « système monétaire européen ». (le serpent monétaire). On aurait ainsi une zone dollar, une zone euro, une zone Amérique latine, une zone chinoise et quelques autres de moindre importance. Cependant, on voit difficilement se concrétiser ces zones et il n’est pas sûr qu’elles puissent engendrer un ordre international.

3. Le problème de la volatilité des marchés de changes tient à deux éléments : les taux de change et les taux d’intérêt. Dès lors la spéculation devient la pratique car les opérateurs économiques cherchent, évidemment, à se prémunir contre des variations brutales de l’un ou de l’autre, voire de ces deux grandeurs. Toutes sortes de produits financiers, notamment les produits dérivés ont été créés dans ce but.

On peut penser à un accord mondial au sein du G20 qui fixerait les parités et un engagement des banques centrales de publier et de maintenir leurs taux d’intérêt. Le FMI étant, dans ce cas appelé à jouer un certain rôle d’arbitre.

4. Le capitalisme est devenu financier. Des profits toujours plus élevés pour les détenteurs de capitaux. il ne suffit plus de 5 ou 6 % par an, il faut au moins 17 % par an. La répartition de la richesse produite devient de plus en plus inégale : la frange possédante de la population tire des revenus élevés de ses placements financiers et la plus grande masse, celle des travailleurs, des pensionnés et des sans emploi voit ses revenus se restreindre et la pauvreté s’installe. La guerre des monnaies est une conséquence de ce capitalisme financier.

C’est à un changement de société que les citoyens de nombreux pays sont confrontés. Ils peuvent agir en pesant sur les décisions des gouvernants politiques et des dirigeants économiques.

Mais tout est ouvert car l’inquiétude de la survenance d’une crise monétaire généralisée est grande.

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Documents de presse

Le Monde Dossiers et documents, février 2011
-Guerre des monnaies La guerre est déclarée,
-En première ligne, le Foreign Exchange,
-A la recherche d’un nouvel ordre international

Le Monde, 1er mars 2011
- A Hongkong, les obligations « raviolis-vapeur » donnent un avant-goût de l’internationalisation du yuan chinois

Alternatives économiques, Hors série n°88
-La guerre des monnaies aura-t-elle lieu ?
-L’Europe a un problème politique, pas économique
-L’Allemagne est-elle vraiment un modèle ?

Le Soir, 17 février 2011
-François Morin : « Il faut fermer Wall Street »

Publication originale : la revue Toudi à l’adresse : http://www.larevuetoudi.org/fr/story/une-guerre-des-monnaies

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