Selon Éconosphères [1], le soutien public aux entreprises privées atteignait 51,9 milliards d’euros en 2022, soit 9,2% du PIB et 17,6% des dépenses publiques. Depuis 20 ans, ce soutien a augmenté, en moyenne, de 4,6% par an hors inflation. Pendant cette même période, le PIB a augmenté de 1,5% par an hors inflation et les prestations sociales de 2,2%. En comparaison, les aides publiques aux entreprises ont augmenté 1,5 fois plus rapidement que les dépenses sociales et 1,8 fois plus rapidement que le PIB.

En se basant sur les montants hors inflation et mis en base 100 de 2004, le graphique ci-dessous [2] révèle une augmentation particulièrement rapide et soutenue des aides publiques aux entreprises, notamment lorsque l’on intègre les réductions des taux à l’impôt sur les sociétés et les effets du « tax shift » décidés sous la législature Michel. Ces aides publiques élargies ont plus que doublé en vingt ans, atteignant un indice de 235 en 2022. Si ne prend en compte uniquement les subsides directs aux entreprises et les niches (para)fiscales leur bénéficiant, les aides publiques ont alors augmenté de 3,2% en moyenne par an depuis 2004. Le recul temporaire de 2020 s’explique par la baisse du montant des niches fiscales à l’impôt des sociétés vu la récession économique induite par la crise sanitaire.
En comparaison, les dépenses sociales affichent une croissance nettement plus modérée. Entre 2004 et 2022, elles ont augmenté en moyenne de 2,2% par an contre 1,5% pour le PIB. Cela s’explique en partie par l’augmentation automatique des besoins dus au vieillissement de la population.
Évolution relative des aides publiques aux entreprises, des dépenses sociales et du PIB.
En termes réels et en base 100 de 2004

Calculs : Éconosphères. Données : Éconosphères, étude « Un pognon de dingue » ; BNB, pour le PIB et les dépenses sociales. Données déflatées par le déflateur du PIB (2010=100). Avant 2003, il n’y a pas de données disponibles concernant les niches fiscales dont bénéficient les entreprises privées (à l’impôt des sociétés et aux accises). L’année 2013 n’est pas reprise du fait de l’absence de données sur les niches fiscales à l’impôt des sociétés pour cette année.
Cette hausse fulgurante des subsides accordés aux entreprises privées, bien supérieure à celle des prestations sociales, illustre un choix politique assumé : celui de privilégier le capital au détriment des besoins sociaux. Derrière le discours sur la compétitivité et l’emploi se cache surtout une réorientation des dépenses publiques vers des aides aux entreprises, souvent sans condition ni contrôle. En France, une commission d’enquête du Sénat sur les aides publiques a rendu son rapport le 8 juillet dernier démontrant que les aides aux entreprises constituent en fait le premier budget de l’État représentant 211 milliards d’euros par an. À quand une commission d’enquête au Parlement belge ?
Disponible également en version PDF

Photo : Krasnyi Collective.
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