L’activation de l’allocation de chômage pour diminuer le coût salarial et ainsi favoriser la création d’emplois et/ou l’embauche de certaines catégories de chômage existe depuis plus de 10 ans.
Cette activation est accompagnée de réductions des cotisations sociales patronales. Le lecteur intéressé trouvera sur le site du SPF Emploi, Formation et Concertation sociale une présentation plus détaillée de ce dispositif http://www.emploi.belgique.be/defaultTab.aspx?id=704#AutoAncher3.
« En réponse à la crise, l’allocation de travail (a été) temporairement augmentée pour certaines catégories de chômeurs qui sont engagés entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2011. Cette mesure est prioritairement axée sur des jeunes demandeurs d’emploi et des demandeurs d’emploi âgés. » C’est ce renforcement du dispositif Activa qu’on appelle le Plan d’embauche WIN-WIN [1].
L’annexe donne un aperçu schématique des avantages octroyés à l’employeur par le plan WINWIN.
Une montée en puissance à partir de 2010
Le plan WIN-WIN a d’évidence, comme le montrent les deux graphiques suivants, gonflé le nombre d’emplois « activés » :
le nombre d’emplois activés a dépassé les 100.000 unités en début d’année pour atteindre les 107.000 unités au 2ème trimestre ; c’est 2,5 fois plus qu’au début de 2005 ;
les emplois activés représentent aujourd’hui 2,8% des emplois salariés, pour 1,2% à peine début 2005.
Les emplois WIN-WIN représentaient, au 2ème trimestre 2011, pas loin de ¾ des emplois activés.

- Emplois activés – en % de l’emploi salarié total – moyennes trimestrielles
- Sources : Bureau fédéral du Plan, ONEM et ICN - Calculs et estimations : IDD
Emplois activés et créations nettes d’emplois
Le tableau suivant compare, à un an de distance, les créations nettes d’emplois totales et celles hors emplois activés.
Un constat saute au yeux : entre le 1er semestre 2010 et le 1er semestre 2011, les emplois activés représentent pratiquement 80% des créations nettes d’emplois pour 60% environ entre 2009 et 2010. Autre manière de le dire : hors les emplois activés, le 1er semestre 2011 n’a vu la création nette d’emplois à un an d’écart que d’une dizaine de milliers d’unités.

- Evolutions de l’emploi salarié – en milliers et en %
- Sources : Bureau fédéral du Plan, ONEM et ICN - Calculs et estimations : IDD
A qui a profité la montée en puissance des emplois activés ?
Alors que les femmes étaient majoritaires dans les emplois activés (environ 60% de 2005 à 2009), la tendance s’est inversée à partir de 2010. Elles représentaient au 1er semestre de 2011 49% de ces emplois. En ce qui concerne la répartition par catégorie d’âge, le graphique du bas de la page montre que les moins de 25 ans et les plus de 50 ans ont accru leur part au détriment des 25-49 ans.
Un focus sur 2009 et 2010 par genre et catégorie d’âge
L’importance de la croissance du nombre d’emplois activés entre 2009 et 2010 et les glissements structurels relevés ci-dessous pour la même période incitent à regarder de plus près ce qui s’est
passé au cours de ces deux années.
Le tableau ci-dessous montre que :
la proportion d’emplois activés est supérieure chez les salariées ;
les salariés ont plus « profité » de l’augmentation du nombre d’emplois activés.

- Emploi total et emplois activés – par genre – en milliers et en % - 2009-2010
- Sources : ICN, ONEM, ONSS et ONSSAPL - Calculs et estimations : IDD
Le tableau suivant indique lui que les moins de 25 ans ont pleinement profité du plan WIN-WIN puisque la proportion d’emplois activés a plus que doublé pour cette catégorie d’âge.
L’augmentation de ce pourcentage pour les aînés est modeste et quasiment nulle pour les 25-49 ans.

- Emploi total et emplois activés – par genre – en milliers et en % - 2009-2010
- Sources : ICN, ONEM, ONSS et ONSSAPL - Calculs et estimations : IDD
On constate à la lecture du tableau ci-après (haut de la page suivante) qu’entre 2009 et 2010 les créations nettes d’emplois sont négatives pour les hommes, les moins de 25 ans et les 25-49
ans ; le recul net de l’emploi pour ces catégories est évidemment accentué si on ne tient pas compte des emplois activés, puisque ceux-ci sont plus nombreux d’une année à l’autre.

- Emploi total et emplois activés – écarts 2009-2010 – en milliers
- Sources : ICN, ONEM, ONSS et ONSSAPL - Calculs et estimations : IDD
Des effets d’aubaine ?
Certaines des données présentées ci-dessous incitent à penser qu’il y a eu des effets d’aubaine en matière d’activation, autrement dit que certains emplois ayant bénéficié d’un soutien de l’ONEM auraient de toute manière été créés. Comment expliquer autrement, par exemple, une baisse de l’emploi – hors emplois activés – de près de 10.000 unités chez les jeunes en pleine reprise économique ? Comment expliquer autrement une création nette d’emplois hors emplois activés de l’ordre de 0,3% en ce début 2011 alors que le PIB a augmenté de plus de 2,5% à un an d’écart ?
On retrouve encore l’impression qu’il y a eu des effets d’aubaine à l’examen du graphique suivant, qui montre que la courbe de l’emploi total est en effet largement en phase avec les tendances
passées.

- Emploi salarié total, emplois activés et PIB à prix constants – 1er trim 2005=100
- Source : ONEM - Calculs : IDD
Ces éléments statistiques et analytiques sont par ailleurs renforcés par des évidences « anecdotiques ». On rappellera, par exemple, les déclarations (juin 2010) de la porte-parole d’une grande entreprise du secteur des fabrications métalliques disant sans détour que les 150 emplois WIN-WIN qu’elle allait créer l’auraient de toute manière été au vu de l’évolution de l’activité. On pense aussi à des pouvoirs publics locaux qui ont remplacé certains emplois par des emplois WIN-WIN.
Il n’est évidemment pas impossible que les mesures décidées récemment (10 août 2011) par la Ministre de l’emploi réduisent/suppriment les effets d’aubaine.



